Vis ! Respecter la nature…

20140402_083911_AndroidVoilà maintenant 1 an et demi que nous avons déménager, nous éloignant de 20km d’une ville de petite couronne. Malgré le transport, la perte de temps dans les bouchons je n’ai aucun regret. Je ne suis pas écologiste, je ne mange pas bio (ou peu), je ne vis pas à la campagne (je vis dans une ville de 22000 habitant, une maison mitoyenne). Et pourtant, même si on en avait l’occasion, que les loyers y étaient moins chers, je ne me verrais pas retourner où nous étions avant. Dans les raisons, il y a le fait de vivre dans un espace presque deux fois plus grand (sans compter le jardin), d’avoir les enfants dans une plus petite école, et d’avoir redécouvert la vraie place de la nature.

Je ne suis pas une fanatique de la protection des animaux ou de la nature. Mais j’ai grandi dans le département le moins peuplé de France, donc au vert (c’est le moins qu’on puisse dire). Et je n’avais pas mesuré jusqu’à présent à quel point il manquait quelque chose d’évident à mes enfants : la connaissance et le respect de la nature, ses habitants, le cycle des saisons… En grande ville, la nature est présente mais cantonnée à des endroits bien spécifiques : des arbres en bordure de route ou dans les squares, quelques animaux visibles (essentiellement des pigeons, des moineaux, des chiens en laisse, des canards dans le moindre point d’eau) et elle est toujours domestiquée (des parterres de fleurs complètement renouvelés tous les 3-6 mois, sans herbes folles, des pelouses parfois interdites ou pourries par des crottes de chien, des platanes sévèrement taillés). Depuis un an et demi, mes enfants me font tout redécouvrir. Toutes ces merveilles dont la redécouverte par leurs questionnements me fait prendre conscience à quel point ils me manquaient :

  • le cycle des saisons qui n’est  pas soudain mais progressif
  • la diversité des plantes, et des animaux
  • la patience  exigée pour des observations (oiseaux qui viennent manger)
  • le silence (des hommes) et la bruyance (de la nature)
  • le cycle alimentaire

Les très grandes villes sont faites par les hommes, pour les hommes. Dès qu’on s’en éloigne, peu à peu, la nature prend plus d’importance et c’est un message important à faire passer aux enfants. Le monde ne nous appartient pas. L’araignée, est plus chez elle dans le jardin que nous. Elle nous préserve des mouches et des moustiques, alors même si on ne l’aime pas, on n’a pas de raison de la chasser de notre jardin. La mort fait partie de la vie, une petite bête qui mange un escargot, n’est ni méchante ni gentille, c’est la vie. La pluie n’est pas uniquement une phénomène météo qui nous empêche de jouer dans le jardin, elle est aussi nécessaire. Les fleurs sont bien souvent, plus belles dans le jardin, et dépéri plus vite dans un vase. Les légumes ont beaucoup plus de goûts quand ils ont poussé dans notre jardin. Quand on ouvre les yeux, les oreilles, on découvre une infinité de trésors qu’on ne soupçonnait pas …

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Obéis ! De bon petits soldats…

https://i0.wp.com/images.cdn.fotopedia.com/flickr-1374426478-original.jpgEn tant que parents, on rêve de ces enfants imaginaires, qui seraient sages en toute circonstance, raisonnables, attentifs, à notre écoute mais avec la bonne dose de vitalité et d’humour. Des enfants obéissants !

J’ai l’impression que, quand j’étais moi-même enfant, j’étais par la force des choses cette enfant. A la maison, les parents faisaient la loi, on ne respectait pas la loi, et c’était le coin et parfois la fessée. Donc on filait droit, on disait bonjour et au revoir, on était poli, on finissait notre assiette, on ne réclamait pas de jouets dans les magasins, on tenait la main dans la rue, etc. Mais quand j’y réfléchis, je me souviens des punitions, c’est donc que je n’étais pas si sage que cela…

Malgré tout, en élevant mes trois enfants, j’ai développé une certain frustration. Je n’étais pas capable d’élever mes enfants convenablement parce qu’ils n’étaient pas obéissant quand j’avais besoin qu’ils le soient. Je critiquais mes parents, mais eux, au moins, avaient réussi à avoir des enfants qui écoutent leurs parents, à moins que nous étions des enfants qui « craignent » leurs parents… Tout doucement, sans m’en rendre compte, j’ai basculé dans un mode d’éducation qui pouvait paraître violent. Souvent verbalement, psychologiquement et parfois physiquement. Je sentais que ce n’était pas la solution, mais je n’en avais pas d’autres. La fatigue morale et physique de ces dernières années, ne me permettaient plus de prendre le recul nécessaire. Je me suis enfermée dans un comportement qui était exactement le même que celui que je reprochais à Lise, elle était mon propre miroir.

Il aura fallu un regard et une intervention extérieure à notre foyer pour en prendre conscience. Il m’a apporté ce regard extérieur et ce recul qui faisait jusque là défaut. Bien sûr, il ne pouvait pas comprendre qu’on n’avait pas d’autres solutions, qu’on était à bout, qu’on était désemparé. Mais bien sûr, il a senti cette violence qui nous paraissait banale, et je l’ai alors ressenti. Est-ce que c’était comme ça que je voulais éduquer mes enfants ? est-ce que c’est ce souvenir que je voudrais leur laisser de moi ? Evidemment non. A quel prix, je voulais des enfants qui font ce que je leur demande au moment où je leur demande parce que je l’ai décidé ainsi ? Certaines pas à ce prix là.

Nous sommes donc allé voir le médecin qui suit nos trois enfants. En premier lieu, nous y sommes allé pour Lise que nous ne pouvions laisser avec sa détresse, sa violence et ses problèmes d’endormissement. Elle nous a conseillé une psychologue, que je suis allé voir avec Lise 3-4 fois à 15 jours d’intervalle. Même si nous y allions pour Lise, cela m’a permis à moi de me poser les bonnes questions, de relativiser, et de choisir la mère que je veux être, pour apprendre à mes enfants les valeurs qui me semblent importante.

Est-ce que je veux avoir des enfants qui obéissent les yeux fermés à des adultes ? Non, surtout pas. Bien sûr qu’ils doivent nous écouter, respecter les règles importantes liées à la sécurité (la leur et celle des autres), au bien être de chacun (sommeil, alimentation, santé, etc.), au respect des autres. Mais il faut que nous adaptions nos exigences à leur âge et à leur individualité.

Une série d’évènements récents ont accompagné ce changement chez moi.

Lors de l’anniversaire de mon père, une tante de mes enfants s’est offusqué qu’ils ne lui fassent pas un bisous en la voyant. Un peu honteuse au début de ne pas être capable de faire en sorte que mes enfants disent bonjour à leur tante, je me suis dit ensuite que le respect et la maîtrise de son propre corps est une notion à laquelle je tiens. Je ne veux pas qu’on impose à mes enfants un contact physique à mes enfants. Leur corps leur appartient. Dire bonjour c’est pour moi obligatoire. C’est une question de politesse. Mais le bisou, le contact physique, c’est à eux de choisir si ils ont envie ou pas. Ce n’est pas à un adulte de décider pour eux.

Lors d’un rendez-vous chez le médecin de Melody, celle ci, un peu intimidée par ce nouveau médecin n’a pas voulu s’allonger sur la table d’auscultation. Pressé par le temps, ce médecin (je précise, une femme) a plaqué ma fille (forcément hurlante) sur la table pour lui palper le ventre et les aisselles. Les seules explications qu’elle a reçu sont : qu’elle est trop grande pour ce genre de comportement (elle n’a même pas 3 ans), qu’il y a beaucoup d’enfants malades dans la salle d’attente et qu’elle n’a pas de temps pour ce genre de caprice. Peut être que ma fille aurait préféré qu’on lui explique ce qu’on allait lui faire, pourquoi, et qu’il ne fallait pas qu’elle ait peur, qu’elle avait le droit de demander à arrêter si ça lui faisait mal ou si ça la gênait. Je la connais, elle est raisonnable pour son âge, et avec un peu d’accompagnement, cela se serait passé en douceur. Je suis sortie de ce rendez-vous enragée et en colère.

On ne mettra plus les pieds chez ce médecin incompétent et brutal. Mais j’étais en colère après moi. La trop grande politesse que l’on m’a inculquée étant petite m’a empêché d’ouvrir ma bouche et de remettre en place ce médecin incompétent. Mais, après coup, nous avons expliqué à Melody que le comportement de ce médecin était inacceptable et qu’on n’y retournerait plus. 3 jours après, nous étions chez notre ancien médecin (même s’il n’est plus à côté de chez nous), pour faire deux vaccins très douloureux à notre fille. L’approche différente, les explications qu’on lui a donné et l’écoute qu’elle a eu ont fait qu’elle n’a même pas pleuré et qu’elle a fait tout ce qu’on lui a demandé. J’espère que ma fille continuera à s’opposer à ses adultes qui essaient d’imposer leur volonté à des enfants sans autre motif que leur puissance physique ou psychologique. J’espère que si ma fille, une fois adulte, et devenue mère voit quelqu’un d’aussi incompétent s’occuper de ses enfants, elle ne fera pas comme moi, elle le remettra à sa place. Voilà une autre valeur qui me paraît importante.

J’espère avoir des enfants obéissants, raisonnables et attentifs. Mais j’essaie de ne pas oublier l’âge qu’ils ont et à quel point je chéris leur regard d’enfant sur le monde. Et puis, je ne veux pas des enfants dociles. Je ne veux pas qu’ils suivent aveuglement les désirs des autres en pensant ou en craignant que cela n’est pas forcément bon pour eux. Je ne veux pas de bons petits soldats.

Images :  Jean-Pierre Dalbera

Amuse-toi ! Le roi du bac à sable…

Beaucoup connaissent le sketch sur le parc de Florence Foresti de son spectacle Mother Fucker. Je ne sais pas si cela vient de la volonté de ne pas faire un spectacle rien que sur ce sujet (il y a de quoi faire) ou bien si finalement, elle n’y passe pas tant de temps que ça, mais je trouve ce sketch bien en dessous de la réalité.

Grâce à mes congés maternité, je fréquente régulièrement les parcs de mon quartier. Et ce que je vois n’a bien souvent rien de réjouissant. Je ne vais pas aborder aujourd’hui la problématique des nounous (que cela soit auxiliaires parentales ou assistantes maternelles). Tout ce que je peux dire, c’est que parmi celles que je vois au parc (donc une petite partie seulement), il y en a peu à qui je confierais mes enfants en toute confiance. Aujourd’hui, je vais plutôt parler d’un papa que je vois très souvent en ce moment et que je surnomme le « roi du bac à sable ».

Son altesse a une fille de 4 ans qui adore jouer au bac à sable. Ce n’est pas ça qui lui confère son caractère unique ! Apparemment, c’est un souverain de droit divin. Il a reçu du dieu du bac à sable le droit de régner sur le bac à sable, les jouets qu’il contient, les enfants qui s’y trouvent. C’est un roi tout puissant.

Assis sur son trône, au bord du bac à sable, il règne en maître. Il impose aux enfants :

  • de jouer avec leurs propres jouets ou de les prêter,
  • qui s’installe où,
  • qui doit absolument jouer avec qui,
  • qui doit être tranquille pour jouer,
  • qui doit rendre tel jouet à qui,
  • etc.

Il intervient à la moindre incartade. Son autorité surpasse celle des parents ou nounous présents. Il a visiblement toute la légitimité pour intervenir auprès des enfants sur leur éducation. Même si les accompagnants bienveillants sont déjà intervenus pour empêcher un enfant d’en embêter un autre, il a l’obligation d’intervenir pour surenchérir faute de quoi, il pourrait perdre son royaume et sa précieuse autorité !

Il a également le droit de châtier les contrevenants aux règles qu’il a dicté dans son royaume. Ainsi, on peut le voir écraser le château de sable d’un enfant qui a lui-même cassé la tour de sable d’un autre.

Vous l’aurez compris, ce père m’exaspère. Jusqu’à présent, il n’a pas encore ressenti le besoin d’intervenir auprès de mes filles, et heureusement, parce que je ne supporte pas son comportement. Le parc, et à fortiori, le bac à sable est une belle zone d’apprentissage pour les enfants. Ils sont confrontés à des enfants de tout âge qui n’ont pas la même expérience de la collectivité, du partage, de la tolérance, du respect des jeux des autres.

C’est donc forcément une zone de friction. Il y a les plus petits qui n’ont pas le sens de la propriété partagent tout, mais pleurent parfois de frustration et détruisent les oeuvres des autres. Les moyens qui ne partagent pas mais veulent prendre tout ce qu’ils désirent et cela passe parfois par des gestes un peu violents et des bousculades. Les grands qui jouent en groupe, construisent, bâtissent et n’aiment pas qu’on détruise leurs oeuvres. Mais c’est aussi une merveilleuse zone d’apprentissage :

  • du partage (je prête mes jouets, je demande pour qu’on me prête des jouets),
  • du respect (je ne casse pas les constructions des autres, j’accepte que je ne peux pas avoir tout ce que je veux),
  • de la tolérance (j’accepte que les plus petits ne comprennent encore pas toutes les règles des jeux collectifs, j’accepte quand jouant en groupe les autres ne fassent pas systématiquement ce que j’espère).

Au milieu de ça, de mon point de vue, les accompagnants sont là bien-sûr pour rappeler les règles de base. Mais ils n’ont pas besoin d’intervenir systématiquement à chaque écart, les enfants doivent apprendre les limites aussi bien des parents que des autres enfants. D’autre part, sauf mise en danger évidente de soi ou d’autrui, chaque accompagnant s’occupe des enfants dont il a la charge. Cela pour une simple et bonne raison, les règles ne sont pas les mêmes dans chaque foyer et il n’y a aucune raison qu’il y ait dans un parc libre d’accès une autorité supérieure qui dicterait ses propres règles :

  • Il y a des parents qui demandent aux enfants de ne jouer qu’avec leurs propres jeux et des parents qui au contraire imposent le partage,
  • Il y a des parents qui demandent aux enfants de ne pas mouiller le sable et d’autres qui les accompagnent jusqu’à la fontaine pour remplir leur seau,
  • Il y a des parents qui demandent à leurs enfants de ne pas mettre de sable sur leurs pieds et d’autres qui déchaussent leurs enfants,
  • etc.

Le parc est donc une zone de friction pour les parents comme pour les enfants. Contrairement aux zones de collectivités organisées (crèches, halte-garderie, école, activité péri-scolaire), il n’y a pas d’autorité indépendante pour chapeauter  l’ensemble (parents et enfants) et dicter les règles universelles qui s’y appliquent. C’est donc aux parents et aux enfants d’avoir l’intelligence et l’ouverture d’esprit de vivre ensemble pour un bref temps, de tolérer les différences. Et cela doit rester ainsi, il n’y a pas lieu de voir émerger des « rois » (ou reine d’ailleurs) qui imposent leur propre loi.

Images : Sophie Lenaerts / Cédric Simon