Papa ! Comment se construit la place du père…

Avec mon mari, nous avons toujours parlé des futurs enfants que nous aurions un jour même si nous savions que ce n’était pas prévu dans l’immédiat. Je l’ai toujours trouvé plus à l’aise et naturel avec des enfants, même en bas âge, que moi. Quand je suis tombée enceinte, je n’ai donc jamais douté de sa capacité à être père et je le voyais bien tel qu’il est aujourd’hui : un papa câlin, un papa attentif, un papa qui prend soin de ses enfants, un papa protecteur.

Pendant les grossesses, je crois qu’il était comme moi, il avait du mal à s’imaginer ce que c’était d’être parents. Quand j’ai besoin d’organiser matériellement l’arrivée du futur bébé, lui préfère ne pas aller trop vite et se dire qu’il a encore le temps de voir venir ! (et il a bien souvent raison).

Et puis il y a eu la naissance. J’ai passé trois jours en tête à tête avec Lise. Trois jours que j’ai passé à m’occuper intégralement à elle : la nourrir, la câliner, apprendre à lui donner son bain, à faire les petits soins quotidiens, à comprendre ses pleurs et ses demandes. Quand le papa est venu, je n’avais pas de mal à lui confier son petit bébé à l’air tout fragile. Mais je  gardais cette relation assez exclusive entre ma fille et moi.

Une fois de retour à la maison, le papa, étant en congé paternité, devait tout naturellement s’occuper de sa fille (et il voulait le faire). Mais cela signifiait pour moi d’accepter de « lâcher un peu ma fille » après avoir passé 9 mois très exclusifs et 3 jours à la maternité tout aussi exclusifs. Je me suis rendue compte que ce n’était pas « naturel ». Si cela ne venait pas de moi, si je ne m’obligeais pas à le laisser s’occuper d’elle, je pourrais très bien rentrer dans une relation fusionnelle entre Lise et moi. J’ai pris conscience que malgré le fait que j’adorais m’occuper d’elle, il fallait que je laisse de la place à son papa.

Laisser de la place au papa, cela signifie :

  • accepter qu’il câline son enfant,
  • accepter qu’il peut le consoler aussi bien que sa maman,
  • accepter qu’il soigne son enfant,
  • accepter qu’il puisse faire les choses différemment sans les faire mal,
  • accepter qu’il puisse avoir un point de vue différent sur l’éducation et l’écouter pour trouver un compromis acceptable,
  • ne pas prendre de décision important sans lui,
  • bref, le laisser devenir le père qu’il a envie d’être et non le père qu’on a envie qu’il soit.
Lors de la naissance de Melody, j’ai eu le même réflexe que pour Lise qui était de vouloir la garder pour moi. Tout ça me fait penser qu’il n’est pas juste de reprocher uniquement au père de ne pas prendre la place qu’il devrait. Il faut évidemment que le papa ait envie de trouver sa place, mais la mère a un rôle important à jouer en lui laissant de la place et pas forcément celle qui l’arrange… Régulièrement, je me rappelle intérieurement à l’ordre pour ne pas intervenir parce que les choses ne se déroulent pas comme je le souhaite.

Images : Christopher Allison

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