Papa ! Comment se construit la place du père…

Avec mon mari, nous avons toujours parlé des futurs enfants que nous aurions un jour même si nous savions que ce n’était pas prévu dans l’immédiat. Je l’ai toujours trouvé plus à l’aise et naturel avec des enfants, même en bas âge, que moi. Quand je suis tombée enceinte, je n’ai donc jamais douté de sa capacité à être père et je le voyais bien tel qu’il est aujourd’hui : un papa câlin, un papa attentif, un papa qui prend soin de ses enfants, un papa protecteur.

Pendant les grossesses, je crois qu’il était comme moi, il avait du mal à s’imaginer ce que c’était d’être parents. Quand j’ai besoin d’organiser matériellement l’arrivée du futur bébé, lui préfère ne pas aller trop vite et se dire qu’il a encore le temps de voir venir ! (et il a bien souvent raison).

Et puis il y a eu la naissance. J’ai passé trois jours en tête à tête avec Lise. Trois jours que j’ai passé à m’occuper intégralement à elle : la nourrir, la câliner, apprendre à lui donner son bain, à faire les petits soins quotidiens, à comprendre ses pleurs et ses demandes. Quand le papa est venu, je n’avais pas de mal à lui confier son petit bébé à l’air tout fragile. Mais je  gardais cette relation assez exclusive entre ma fille et moi.

Une fois de retour à la maison, le papa, étant en congé paternité, devait tout naturellement s’occuper de sa fille (et il voulait le faire). Mais cela signifiait pour moi d’accepter de « lâcher un peu ma fille » après avoir passé 9 mois très exclusifs et 3 jours à la maternité tout aussi exclusifs. Je me suis rendue compte que ce n’était pas « naturel ». Si cela ne venait pas de moi, si je ne m’obligeais pas à le laisser s’occuper d’elle, je pourrais très bien rentrer dans une relation fusionnelle entre Lise et moi. J’ai pris conscience que malgré le fait que j’adorais m’occuper d’elle, il fallait que je laisse de la place à son papa.

Laisser de la place au papa, cela signifie :

  • accepter qu’il câline son enfant,
  • accepter qu’il peut le consoler aussi bien que sa maman,
  • accepter qu’il soigne son enfant,
  • accepter qu’il puisse faire les choses différemment sans les faire mal,
  • accepter qu’il puisse avoir un point de vue différent sur l’éducation et l’écouter pour trouver un compromis acceptable,
  • ne pas prendre de décision important sans lui,
  • bref, le laisser devenir le père qu’il a envie d’être et non le père qu’on a envie qu’il soit.
Lors de la naissance de Melody, j’ai eu le même réflexe que pour Lise qui était de vouloir la garder pour moi. Tout ça me fait penser qu’il n’est pas juste de reprocher uniquement au père de ne pas prendre la place qu’il devrait. Il faut évidemment que le papa ait envie de trouver sa place, mais la mère a un rôle important à jouer en lui laissant de la place et pas forcément celle qui l’arrange… Régulièrement, je me rappelle intérieurement à l’ordre pour ne pas intervenir parce que les choses ne se déroulent pas comme je le souhaite.

Images : Christopher Allison

Maman ! Comment devient-on mère…

Je ne fais pas parti des femmes qui ont attendu la maternité avec impatience depuis qu’elles sont en âge de materner leur poupée. Avant d’avoir mes propres enfants, j’ai toujours été mal à l’aise avec les enfants des autres… Comment le tenir ? Pourquoi il vient vers moi ? Ah non, c’est dégoûtant ! Pourtant je ne me suis jamais imaginée n’avoir jamais d’enfants…

Quand je suis tombée enceinte ce n’était pas par hasard, et j’étais sur un petit nuage, toujours un sourire au coin des lèvres. J’ai adoré sentir mon bébé bouger, avoir le sentiment de tout faire pour l’amener en pleine forme vers son premier pas vers l’autonomie : sa naissance. Pourtant, quand j’essayais de m’imaginer avec ce bébé une fois né, c’était le flou le plus complet. Comment allais-je faire pour m’occuper de ce petit être dépendant alors que j’étais mal à l’aise avec tous les enfants, même les plus grand ?

Le pire était quand je lisais des choses du genre : une femme devient mère dès le test de grossesse alors qu’un homme devient père après la naissance. Apparemment, je m’étais trompée de sexe, je ne me sentais pas vraiment mère pendant la grossesse et il m’a fallu du temps pour devenir mère après la naissance. Donc entendre ce genre de choses me mettaient très mal à l’aise, et je me demandais comment j’allais faire pour ne pas échouer dans ce nouveau rôle, comment j’allais rendre mon enfant heureux…

À la naissance de ma fille, j’ai bien évidemment était très émue et j’ai pris soin de ce petit bébé mais je n’avais pas l’impression d’être devenue une maman. J’ai souvent eu l’impression de ne pas être à la hauteur et de ne pas savoir quoi faire avec ce petit humain. Pour moi, le déclic s’est plutôt produit quand ma fille m’a elle-même considéré de manière particulière, comme quelqu’un qui a un rôle particulier : comme sa maman. Cela commence par des regards, des sourires, des câlins, puis ce mot magique dont ils découvrent très vite le pouvoir : maman !Je suis devenue une maman.

Ce miracle s’est reproduit une autre fois depuis, avec ma seconde fille. Et bizarrement, j’ai découvert qu’on ne devient pas maman qu’une seule fois. On est autant de maman qu’on a un enfant. Pendant ma seconde grossesse (et cette troisième en cours), j’ai eu autant de doutes, d’inquiétudes sur ma capacité à m’occuper de ce deuxième (puis troisième) enfant. Comment est-ce que j’allais pouvoir l’aimer autant que le premier ? Comment allais-je pouvoir gérer les deux (trois) ensembles ?

J’ai toujours été mal à l’aise avec l’expression : l’amour d’une mère ne se partage pas, il grandit à chaque enfant… Pour moi, c’est une sorte de fable raconté à ses enfants pour les rassurer. J’ai plutôt l’impression qu’à chaque grossesse, on ne gagne pas seulement un petit amas de cellule. C’est un nouveau lien qui se tisse entre deux êtres tous neufs : un petit bébé tout neuf et une maman toute neuve.

L’instinct maternel reste également un mystère pour moi, rien n’est inné pour moi dans ce domaine. J’apprends au fur et à mesure que mes enfants grandissent, je fais des erreurs, j’essaie de les corriger, je savoure mes succès mais l’apprentissage est long.

Images : Brennaval

Travaille ! Est-ce que devenir mère rend inapte au travail…

Je travaille depuis un peu moins de 10 ans. Je suis mère depuis un peu moins de trois ans. Si on se fie à mes entretiens annuels, au retour de mes supérieurs hiérarchiques et des gens avec qui je travaille, je fais bien mon travail et la qualité de ce que je produis est satisfaisant. Voilà de quoi satisfaire mon égo et mon amour propre. Si je compare mes compétences diverses au début de ma carrière et aujourd’hui, il est indéniable que j’ai évolué sur de nombreux aspects, aussi bien techniquement que humainement.

Quand j’ai débuté ma carrière, j’avais encore l’idéalisme, la fougue, la prétention, la motivation, l’arrogance, l’impatience et les certitudes de la jeune diplômée. Mes premières années d’expérience m’ont appris à être plus posée, moins impulsive.

Il paraît que certains pensent qu’une femme met (ou même doit mettre) fin à sa carrière quand elle devient mère. J’ai la chance de ne pas (ou ne plus) travailler dans un environnement de ce genre, même si j’admets que pour le moment mon évolution a sérieusement ralenti. Pour ma part, je trouve ça dommage de pénaliser une femme dans sa carrière parce qu’elle est mère. Cette experience, non professionnelle, a beaucoup d’impacts sur le domaine professionnel. Et cela vaut également pour les pères. De quelles aptitudes, apportées par mon expérience de mère, je tire profit au quotidien dans mon travail ?

Remise en cause perpétuelle et capacité d’adaptation
Avant d’être parents, tout le monde a des principes, des théories, mais une fois confrontés à la réalité soit on s’adapte, soit on est dépassé et on passe notre temps et notre énergie à essayer en vain de respecter les lignes qu’on s’est fixé. J’ai appris plus ou moins rapidement à m’adapter à la situation, à lâcher du lest sur certains aspects pour pouvoir garder ce qui me paraissait essentiel.
À l’école, j’ai appris la théorie de mon métier, ce qu’il fallait faire ou ne pas faire et quand. Mais une fois dans le monde du travail, il est parfois très frustrant de voir que rien ne fonctionne comme dans les livres. Il faut savoir faire des concessions pour pouvoir s’imposer quand cela est nécessaire.
Il est parfois possible dans le monde du travail, en fonction de notre position hiérarchique, de nos responsabilités d’imposer des choses sans l’aval de tous. Certains râleront mais la plupart exécuteront ce qu’on leur demande même si c’est avec de la mauvaise volonté parce que c’est leur travail.
Un enfant, par contre, ne répond à aucune convention sociale et ne s’adaptera pas à ce qu’on lui demande s’il estime que ça ne lui apportera rien. Il faut donc très rapidement évaluer la situation et trouver des solutions qui soient acceptables pour chaque intervenant. Quand on applique cela au travail, cela permet d’obtenir au pire le même résultat mais en général de meilleurs résultat qu’en imposant les choses de force et personne ne se sent lésé ou mal considéré.

Capacité de négociation
Ce point rejoint le précédent. Je suis une persuonne qui sait ce qu’elle veut, ce qui doit être fait et qui a tendance à être intransigeante. Quand on estime qu’il y a des points importants, sur lesquels il ne faut pas lâcher, on entre dans la phase de négociation.
Si on est dans un mode éducatif très strict, les parents imposent leurs décisions sans se soucier de l’acceptation et la compréhension de leurs enfants (et cela peut très bien fonctionner). Mais si on n’a pas envie de rentrer dans ce mode de fonctionnement, pour qu’un enfant coopère, il a besoin de comprendre la décision et d’y voir son intérêt.
Il faut donc trouver les arguments qui vont peser dans la balance très rapidement, parce que lorsqu’on laisse un enfant s’entêter on n’arrive à rien. Cela demande beaucoup de sang froid et de recul.
Dans le monde du travail, il en est de même, sauf que le caractère d’urgence est souvent moins impératif. Vous avez déjà essayé de résoudre une équation complexe avec à côté de vous un enfant qui pleurniche ou se roule par terre ? Quand vous arrivez à résoudre ce genre de crise, plus rien ne vous paraît insurmontable car rien n’est plus stressant que les pleurnicheries incessantes d’un enfant.

Sens de la responsabilité
Face à un enfant, nous sommes les êtres responsables. Il n’y a pas d’autres choix qu’assumer ses choix, ses erreurs et d’essayer de les corriger. Un enfant apprend à travers ses parents, et ses comportements sont une réponse à notre education (surtout les premières années) même lorsqu’ils sont gardés par des tiers. Je parle biensûr de comportements qui s’inscrivent dans la durée et non de comportements « tests » qui vérifient les limites et leur permanence.
Au travail, il est toujours tentant de rejeter la responsabilité sur les autres notamment par peur de perdre son travail, une augmentation ou une promotion. Mais je trouve aujourd’hui que face à la responsabilité d’une petite vie en devenir, tout cela semble moins important. Il devient alors plus facile de reconnaître ses erreurs, et cela est bien souvent mieux perçu que de rejeter la responsabilité sur un autre.

Patience
Je suis une personne très impatiente. J’aime bien Noël, mais j’ai toujours trépigné d’impatience tout le mois de décembre. Quand une décision est prise, j’aime qu’elle se concrétise rapidement.
Je travaille sur des projets qui passent par différentes étapes obligatoires mais qui dépendent souvent de tiers peu disponibles et donc je suis souvent en attente de décisions ou d’informations.
Avec un enfant, il faut s’armer de patience pour voir le fruit de ses efforts. Quand on veut éliminer un comportement indésirable, il n’est pas possible d’atteindre son objectif du premier coup. Il faut répéter sans cesse, ne jamais céder, ne jamais se décourager. Autant vous dire qu’il faut de la patience pour ne pas craquer quand on retourne coucher un enfant pour la quinzième fois dans la soirée et la dixième soirée d’affilée alors qu’on est épuisé et qu’on aspire juste à se reposer nous aussi.
Alors quand on attend une information depuis des jours et qu’elle n’arrive pas, cela apparaît quand même moins usant. On s’adresse dans la plupart des cas à des gens doués de raison, qui, même si ils y mettent de la mauvaise volonté, finiront par faire ce qu’on leur demande, parce que c’est leur métier et qu’ils comprennent le sens d’une obligation. Alors qu’un enfant n’est pas encore dans cette logique.

Empathie
L’empathie est très importante dans mon travail. Je travaille avec des profils très différents ou chacun a son propre angle de vue sur un problème, ses propres contraintes, voire ses propres objectifs. Pour avancer efficacement, il faut appréhender tous ces aspects pour chacun des intervenants.
Lorsqu’on éduque un enfant, le premier problème auquel on est confronté est un soucis de communication. Un bébé communique, mais pas verbalement. Même lorsque le langage est acquis, un enfant a souvent des difficultés à exprimer ses attentes, ses angoisses, ses sentiments, ce qu’il veut ou ne veut pas. Il est donc important d’observer son enfant, d’enregistrer les signes et essayer de se mettre à leur place pour les comprendre, anticiper les situations  problématiques, communiquer efficacement.
Au travail, si on arrive à bien interpréter le comportement des autres et tous les signes de communication verbale et non verbale, cela est un avantage considérable. Parce qu’à force de les observer et d’anticiper leurs réactions, on peut plus facilement se préparer aux éventuels inquiétudes et problèmes engendrés et ainsi les éviter.

La gestion des conflits
Quand on a plusieurs enfants ou que notre enfant expérimente la collectivité, la gestion du conflit fait partie intégrante du quotidien. Même si notre enfant est le plus social possible. Quand ce conflit se déroule entre deux de nos enfants, on est toujours pris dans un étau quand le conflit semble légitime. J’ai encore eu un exemple aujourd’hui, quand Melody trouve le jouet préféré de Lise qui veut le récupérer alors qu’elle ne s’en servait pas. Personne n’a raison ou tord. Je comprends Lise qui ne veut pas prêter son jouet préféré. Je comprends Melody qui ne comprend pas pourquoi elle devrait rendre ce jouet qui était inutilisé et qui lui faisait envie.
Quand on est extérieur au conflit, et qu’un arbitre ne sert à rien car il n’y a aucune décision plus juste que l’autre, il faut endosser le rôle du médiateur. Il faut amener les différentes parties à trouver une solution à leur conflit qui soit satisfaisante pour chacun. Dans mon ancien travail, où on aime bien donner un nom anglo saxon à la moindre notion, on appelait ça une solution « win-win ». Quand on tient ce rôle avec des enfants, il est vraiment important qu’aucun ne se sente lésé pour ne pas faire naître chez lui une frustration permanente, ni en privilégier un systématiquement pour des raisons plus ou moins valables (il est plus petit, plus fragile, plus sensible, moins arrangeant, etc.). Il faut rester impartial.
Au travail, cette capacité de facilitateur d’échanges, d’émulation des équipes est très appréciée, surtout quand chaque interlocuteur en ressort gagnant, grandi et valorisé.

Tous ces exemples sont ceux qui sont plus flagrant par rapport à moi et à ma personnalité, mais chacun peut trouver d’autres exemples tirer de sa propre expérience. La maternité m’a vraiment changé au quotidien, y compris pour le travail et je n’y vois que des aspects positifs.

Travaille ! Ma fille, tu ne seras pas mère au foyer…

Je suis une maman qui travaille, et je ne pense pas être faîte pour être mère au foyer. Ce billet est le premier d’une longue série sur un sujet à la mode actuellement qui traite de mon rapport en temps que maman avec le travail. Je n’ai pas la patience et le dévouement  nécessaires pour garder mes filles toute l’année, tous les jours, toute la journée. J’aime mes filles, j’apprécie d’être avec elles, toute la journée, 3 jours par semaine). Mais j’aime travailler (sûrement parce que j’ai la chance d’avoir un travail stimulant). Je ne sais pas si cela est propre à ma personnalité ou si cela est dû à mon éducation. Ce qui est sûr, c’est que ma propre mère (mère au foyer depuis la naissance de mon deuxième grand frère) n’a eu de cesse de me répéter :

  • qu’elle regrettait de s’être arrêté de travailler, et que c’était la plus grosse erreur de sa vie,
  • qu’en tant que femme je devais travailler deux fois plus pour obtenir la même chose que les hommes,
  • que je devais être plus forte et meilleure que les hommes,
  • que je devais réussir mes études,
  • que je ne devais pas être dépendante financièrement d’un homme, ni sa « boniche »,
  • que si j’arrêtais de travailler, même temporairement, je le regretterais pour ma retraite,
  • etc.
Mais elle était aussi pleine de contradiction, puisqu’elle était elle-même mère au foyer. Elle a eu l’occasion de reprendre un travail salarié (qu’elle fait déjà plus ou moins en tant que bénévole) mais n’en a pas voulu  Elle me sollicitait beaucoup plus que mes frères pour l’aider dans les tâches ménagères.
Ma propre position est un peu différente. Effectivement, j’aime mon travail. Je ne suis pas carriériste, je n’ai pas les dents qui rayent le parquet, mais j’ai de l’ambition, j’aime les challenge, et je ne me vois pas faire le même travail toute ma vie. J’ai la chance d’avoir fait des études, et d’avoir une formation qui me permet, en théorie, d’accéder à beaucoup de fonctions différentes dans une entreprise et je compte bien en profiter.
Mon côté « maternel » n’était pas une évidence, comme ça peut l’être pour certaines personnes. Je n’ai pas passé mon enfance et mon adolescence à rêver d’avoir des enfants. Avoir des enfants était pourtant naturel, je ne me serais pas vue passer une vie sans avoir des enfants, même si je n’ai jamais passé beaucoup de temps à me projeter dans ce rôle de maman. J’ai désiré ces enfants et cette famille formée avec mon mari. Mais cela ne pourrait être l’unique « but » de ma vie.
Je ne souhaite pas non plus que mes enfants ne me voient pas, et me le reprochent plus tard. Quand ils seront adultes, je préfère qu’ils nous reprochent d’avoir été trop présents, que trop absents.

Pour concilier tout cela, je me suis mis en tête, qu’il y avait un temps pour tout.
Suite à mes études, j’ai choisi un poste qui me donnait beaucoup d’investissements au niveau horaire, et intellectuel, qui me permettrait d’évoluer rapidement et de valoriser mon diplôme par un travail qui ferait référence sur mon sujet mais en contre partie d’un environnement de travail très compétitif et éprouvant nerveusement.
Une fois que j’ai estimé avoir atteint mon objectif, j’ai alors changé de travail. Pour celui-là, j’ai privilégié le cadre de travail, le luxe d’habiter à 10 minutes de mon travail, avec moins de pression, tout en continuant à compléter mes acquis. Ce deuxième travail est certes moins stimulant, et a des perspectives d’évolutions moindres. Cependant, c’est le compromis idéal pour fonder une famille, et profiter des premières années de mes enfants, tout en continuant à travailler dans mon domaine et continuer à acquérir de l’expérience. Ma carrière est donc entre parenthèses pour un moment. Et je suis actuellement au 4/5ème ce qui me convient parfaitement.
Mon objectif, suite à cette « pause » est pourtant, une fois mes enfants devenus plus autonomes d’essayer de retrouver un travail contenant un peu plus de challenge, de responsabilités et avec de plus grandes perspectives d’évolution mais qui me demandera un plus grand investissement.
Je n’ai malheureusement pas le recul nécessaire pour savoir si mon choix sera payant, que cela soit pour ma famille ou pour mon travail. Est-ce que le « retard » que je prends aujourd’hui dans mon travail, je pourrais le rattraper plus tard ? Ce qui est sûr c’est que le temps que je ne passe pas avec mes enfants je ne pourrais jamais le rattraper. Pourtant je ne culpabilise pas de continuer à travailler, je n’envie pas les femmes au foyer. J’espère avoir fait le bon compromis pour moi, mes enfants, mon foyer.

Lis moi un livre ! Le changement de statut pour les grands frêres et les grandes soeurs.

Pour ma seconde comme ma troisième grossesse, nous nous sommes beaucoup servis de livre pour aider nos filles à aborder la problématique de la grossesse et l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite soeur.

J’en ai lu beaucoup, mais peu m’ont satisfait. Je suis peut être difficile, mais entre les graphismes trop enfantins, ou trop grossiers,  les discours non adaptés à un enfant de l’âge des miens (1 an et 2ans1/2) ou les livres qui s’adressent plus aux parents qu’à l’enfant, j’ai eu du mal à trouver un livre qui me plaise.

Le meilleur que j’ai trouvé est « Il y a une maison dans ma maman » de  Giles Andreae, Vanessa Cabban, Marie-France Floury. Dans ce livre, un petit garçon explique avec ses mots ce qu’il entend, ce qu’il voit et ce qu’il comprend de l’arrivée d’un bébé dans sa famille. Il exprime toutes ces étrangetés qu’il perçoit autour de lui.

Il est très bien écrit, tout en rythme et en rimes. Si bien écrit que Lise, envoûtée par ce récit mélodieux, connaît certaines pages par coeur et nous les récite avant qu’on ait le temps de les lui lire. Il permet à l’enfant de poser ses questions sur tous ces changements que lui-même observer (Pourquoi maman est si fatiguée ? Pourquoi le bébé n’a pas de lit dans le ventre ? etc.). Cependant, je lui reproche de ne pas aborder les doutes et les peurs du grand-frère ou de la grande soeur (Est-ce que je vais rester le bébé de la maison ? Est-ce que mes parents m’aimeront encore ? etc.) et de les rassurer sur ces sujets.

19 mois ! (bis)

Si tout va bien, l’histoire va se répéter pour moi.
Il y a 19 mois, je savais depuis quelques semaines que j’allais être maman pour une deuxième fois et il y a quelques semaines, nous avons appris qu’un troisième petit bout allait agrandir la famille.
Cela satisfait parfaitement mon côté logique et cartésien. Quand nous avons su que j’étais enceinte, mon mari et moi étions très contents (et nous le sommes toujours). Mais l’expérience nous a aussi ôté l’envie de le crier au monde entier.

Pour Lise, notre famille proche l’a su très vite et ils étaient tous contents mais un peu surpris, ils pensaient qu’on aurait attendu l’âge moyen en France pour avoir un enfant soit 30 ans. Mais l’accueil a été quand même très positif, les futurs grands-parents, les oncles et tantes, et autres parents étaient ravis de l’arrivée d’un nouveau membre de la famille.

Pour Melody, 19 mois après, nous savions bien que cela surprendrait encore plus. Dans ma famille, les enfants ont un écart proche de la moyenne nationale soit 3,3 ans entre le premier enfant et le second. Mais bon, ils s’attendaient à l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite soeur.

Pour le petit bout à venir, je ne me faisais guerre d’illusion. Il y aurait  :
– ceux qui attendaient la nouvelle, car ils nous en savaient capables et nous connaissaient assez bien.
– ceux qui seraient surpris par la rapidité, mais aussi content que pour les premiers.
– ceux qui ne s’étaient même pas imaginés qu’on aurait un troisième enfant, qui ont eu un choc lors de l’annonce de ma deuxième grossesse et qui ne comprennent ou ne comprendront pas notre choix.

Pour les deux s, l’annonce ne nous a posé aucun problème. Par contre, pour la deuxième (qui comprend des membres très proches de notre famille), nous sommes allés jusqu’à nous demander si on n’allait pas pousser notre attitude jusqu’à leur laisser poser la question quand mon ventre serait trop gros pour le confondre avec de l’aérophagie…

Nous l’avons pourtant dit à certains de cette fameuse troisième catégorie. Et la réaction a été malheureusement conforme à ce qu’on attendait. Les remarques ont été essentiellement négatif, nous étions inconscients, nous ne nous en sortions déjà pas avec deux enfants, avoir trois enfants c’est trop compliqué, avec cet écart en plus, on aurait pu attendre… Il a fallu attendre plusieurs jours pour que cette grossesse deviennent pour eux autre chose qu’un immense problème en perspective.

J’ai été forcément, et malgré le fait que je m’y attendais, très déçue. Et puis j’ai compris. J’ai compris que la réaction négative de ces personnes viennent de leur propre expérience. Pour eux, se retrouver dans une telle situation aurait été impensable, insurmontable, une vraie catastrophe. Donc, sans doute par manque d’empathie, ils ne s’imaginent pas que d’autres pourraient être heureux et satisfaits.

En tout cas, pour moi et mon mari cette troisième grossesse est un vrai bonheur, nous sommes lucides et nous savons que cela va être assez compliqué, et fatigant au début. Mais notre première expérience d’enfants rapprochés nous a donné envie de revivre cela.

Mère !

Je ne me suis jamais reconnue dans les stéréotypes de mères qui ont développé ce fameux instinct si peu « naturel » pour moi. Je n’ai pas eu l’impression à l’annonce de ma grossesse, puis à la naissance de ma fille de devenir « mère ». Dans ma tête, je suis toujours restée la même « femme », la même « épouse » et je suis également restée la « fille » de mes parents et je n’ai pas l’impression d’avoir ni compris ni intégré ce nouveau qualificatif que je ne peux pourtant pas renier qui est celui de « mère ».

Heureusement, je ne semble pas être la seule dans ce cas (et secrètement, je me plais à penser que toutes les mères doivent être dans ce cas).

J’ai donc lu avec plaisir l’interview de Sofia Coppola dans le magazine Marie-Claire de Février 2011.

Réalisez-vous que vous êtes mère ?

Parfois c’est encore une surprise… Je regarde des photos et je dis « Oh mon Dieu ! » (Rires.) Je ne sais pas si on le réalise vraiment.

Voilà bien ce qui me correspond.

Je me suis dit exactement ça hier après midi quand je tenais Lise dans mes bras, dans notre lit, hier après midi pour essayer de la calmer pour qu’elle fasse une petite sieste. Lise a la grippe, et je ne l’ai jamais vue aussi abattue, elle a passé la journée dans mes bras. Au moindre bruit elle pleurait, et je m’entendais lui chanter « Petit papa Noël » pour la calmer et la rendormir tout en lui massant le ventre. Je déteste quand ma fille pleurniche, et j’avais également la grippe. En tant normal, je me serais vite énervée mais là non, je ne la prends jamais dans notre lit pour dormir mais là oui. Et je me suis dit, voilà on dirait bien que je suis une « Mère ! »

Photos : Valérie Enriquez