Travaille ! Un congé parental qui coule de source…

Après avoir décidé de me mettre en congé parental pour 4 mois et être passé de la peur, à l’attente, voilà que je me retrouvais en congé parental. J’ai décidé de prendre les choses en main pour profiter de mes enfants, tout en ayant l’impression d’être active et de faire des choses qui m’ont fait plaisir. Pour cela, je me suis fait un planning pour les tâches ménagères, j’ai instauré des rituels avec les enfants et surtout je me suis accordée une activité strictement personnelle et sans enfant tous les jeudis soirs. J’ai voulu également profiter pour essayer d’instaurer des règles que nous n’avions jamais pu mettre en place nos enfants (faute de temps, de patience, de suivi, etc.). C’est ainsi que pendant ce congé j’ai :

  • fabriqué un château playmobil,
  • rangé mon garage et mes combles,
  • fait du tri,
  • repeint les meubles de ma cuisine,
  • cousu deux sacs à doudou,
  • fabriqué des costumes de Père Noel et Mère Noël pour la fête de l’école vendredi,
  • désherbé et refait complètement deux parterres de fleurs,
  • fait de nombreux essais culinaires pour faire manger des légumes à mes enfants (il y a eu de vrais succès et de vrais échecs),
  • trouvé des astuces pour rendre mes filles plus autonomes pour s’habiller,
  • accompagné des sorties scolaires,
  • regardé beaucoup d’émissions débiles,
  • pris du temps, beaucoup de temps pour ne rien faire avec mes enfants, les regarder jouer, les regarder grandir, interagir, se chamailler, négocier. En bref, je les ai regardé grandir.

Ce fut vraiment un congé parental riche. J’ai beaucoup appris, sur moi et sur mes enfants :

  • quand il faut négocier, et quand il ne faut pas,
  • quand il faut les laisser gérer leurs différents et quand il faut intervenir,
  • quand il faut les occuper, ou les laisser libre,
  • quand ma patience s’est évaporée,
  • ce que je peux exiger d’eux, et ce qu’ils ne sont pas prêts à faire.

J’ai l’impression que ce congé parental fut une pause salutaire, un instant de paradis et une prise de conscience. Il y a eu des disputes, des engueulades, des colères côté parent comme côté enfant, mais il y a eu aussi beaucoup plus de tendresse, d’échanges et de partages. J’ai aimé ce congé parental. J’ai découvert mes enfants. Je crois que jusqu’à présent, j’aimais mes enfants car c’était mes enfants. Dès qu’il nait on aime son enfant (en tout cas dans la plupart des cas), c’est quasiment instinctif. Mais au cours de ce congé parental, cet amour a changé, je les aime différemment : pour ce qu’ils sont, pour leurs qualités et leurs défauts, je les aime en tant qu’individu unique. Je ne les aurais pas mis au monde, je les aurais aimé quand même. Je sais maintenant que je ne les aime pas seulement parce que ce sont mes enfants. Je trouve ça dingue qu’il m’ait fallu ce congé parental pour être consciente de tout ça. Mais j’ai l’impression que les soirées, les week-ends et les vacances ne m’avaient pas suffit à réaliser cela. Je n’en avais pas le temps, pas l’envie trop désireuse de me reposer moi, d’avoir du temps pour moi et trop prise par les obligations familiales (ménage, courses, médecin, repas, etc.)

J’ai aussi complètement changé d’avis sur le congé parental. Avant cela, je me suis toujours dit que les mères au foyer se marginalisaient, que l’idéal est de continuer à avoir une activité professionnelle à temps partiel. Je me suis toujours dit que pour les enfants, à partir du moment où ils étaient habitués petits à être gardés par une autre personne, il n’y avait pas de raisons que cela pose problème. Pourtant, je dois avouer que j’ai trouvé mes enfants plus heureux, plus épanouis, plus calmes, plus posés. Ils ont aussi beaucoup appris, beaucoup évolués.

Nous vivons dans une société qui pousse à l’activité des parents.  Un des métriques de la réussite de leur politique en faveur de l’égalité homme-femme est le taux d’activité des femmes. J’ai l’impression qu’on ne se pose jamais la question de savoir ce qui est le mieux pour les enfants. Il est important que tout le monde puisse faire ses propres choix. Mais j’aimerais vivre dans une société qui permette aux enfants d’avoir au près d’eux leurs parents quand ils ont besoin d’eux. Emmener ses enfants à l’école le matin sans rouspéter parce qu’on va être en retard au travail c’est important. Etre là à la sortie de l’école pour les entendre se décharger de cette longue journée c’est important. Etre là quand ils sont patraques, c’est important (même si j’ai horreur de ça). Participer à la vie de l’école, les voir dans cet environnement extérieur à la maison, c’est important. Discuter avec les parents des enfants qu’ils côtoient, c’est important.

N’est-ce pas paradoxal, par exemple,

  • Que ma nounou laisse ses propres enfants à une inconnue pour venir garder mes enfants ?
  • Que jusqu’à présent, je ne me sente pas capable de m’occuper à 100% de mes enfants ?
  • Que mes enfants passent plus de temps avec leur nounou qu’avec leurs parents ?

Pour en avoir discuté autour de moi, je ne suis pas la seule mère qui ne pensait pas être capable de garder ses enfants, n’en ont jamais eu envie, et qui, une fois confrontées à cette situation se sont rendus compte du bonheur que c’était et qui sont retournés au travail le cœur serré. Je parle de mère, mais en réalité, il en est de même pour les pères.

J’aimerais vivre dans un monde où les rythmes de travail seraient moins rigides et où on pourrait, par période, augmenter ou réduire notre capacité de travail et que cela se fasse naturellement, sans négociation car tout le monde se dirait que c’est un choix personnel, le choix idéal de chaque foyer…

Images : Hamed Saber

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Mesure-moi! Se comparer aux autres…

Tout le monde dit qu’il faut élever nos enfants selon notre instinct, comme on le sent, comme on en a envie. Tout le monde dit qu’il ne faut pas comparer ses enfants aux autres. Mais est-ce que c’est possible ? Est-ce que la comparaison des uns envers les autres est forcément néfaste ?

Cette notion d’instinct m’a toujours dérangée. Je l’avais déjà expliqué dans un billet. L’instinct maternel est pour moi quelque chose d’assez obscur, même après trois enfants. Ne se fier à notre instinct c’est lui donner beaucoup de valeur, beaucoup de responsabilité. Et si mon instinct est défaillant est-ce que je serais destinée à être une mauvaise mère ? Mon instinct me disait que mes enfants devaient manger équilibrer à chaque instant et j’en suis arrivé à harceler mes enfants quand ils ont commencé à bouder la nourriture. Mon instinct me disait que les parents ne devaient jamais négocier avec leurs enfants mais la négociation me permet de contourner bon nombre de conflits. Et puis mon instinct est bien silencieux face à bon nombre de questions : comment régler les problèmes de nourritures de mes enfants ? Comment régler les problèmes de sommeil de Lise ? Alors qu’est-ce que je devrais faire ? Rien ?

Le médecin qui soigne notre enfant est bien souvent notre référent pour tout ce qui est lié plus ou moins à la santé. Mais les médecins restent des êtres humains qui n’ont pas les réponses à tout. Mes parents ne sont pas une référence absolue pour moi. J’écoute ce qu’ils me disent mais d’un esprit critique car je n’éduque pas mes enfants comme eux nous ont éduqué. Il y a ensuite les parents de notre âge, frêres et soeurs, amis. Quand je me pose des questions sur l’évolution des mes enfants, sur la résolution des problèmes, je fais ce que beaucoup de parents font : je questionne, je compare. Comment je saurais si le comportement de mon enfant est « normal » si je ne sais pas ce qui se passe ailleurs chez des enfants d’un âge proche du mien.

C’est la comparaison qui m’a permis de voir que beaucoup d’enfants rencontrait à un moment où un autre des problèmes de nourriture et de voir qu’une des meilleures solutions pour écourter cette phase était de ne rien faire. C’est la comparaison qui m’a permis de relativiser des problèmes de sommeil, de caprices, de colères. C’est en comparant mes enfants les uns aux autres que je me suis rendue compte qu’ils sont tous très différents et qu’ils n’ont pas tous les mêmes capacités à faire face aux problèmes qu’ils rencontrent.

En matière d’enfant, on ne peut pas dire qu’il y ait des enfants meilleurs que les autres. La comparaison ne permet pas d’établir un classement (mon enfant serait nul parce qu’il sait marcher plus tard qu’un autre). La comparaison me permet de voir les points faibles et les points forts de chacun et d’aider mes enfants à progresser en fonction de leur besoin. La comparaison me permet d’adapter mon éducation à la personnalité de chacun de mes enfants. Sur certains aspects, je suis plus exigeante avec l’un que l’autre parce que je sais qu’il en a besoin dans un premier temps.

La comparaison aux autres me permet souvent de déculpabiliser. Si on se réfère uniquement aux médecins ou aux livres, on a vite un sentiment d’échec sur un sentiment ou un autre. En se comparant aux autres, on voit vite qu’on n’est pas seul dans notre situation, que les déviations par rapport à la « normale » sont courantes.

Je ne pense pas que j’arrêterais un jour de comparer mes enfants entre eux et aux autres.

Tourne la page ! Peut-on être sûr de ne plus vouloir d’enfants…

Nous avons accueilli, au sein de notre famille, notre troisième enfant, il y a quelques jours. Un petit ange, tout sage qui vient compléter magnifiquement notre famille. J’ai le sentiment maintenant que notre famille est au complet. Certains couples, à ce stade, prennent alors des décisions qui mettent un terme définitif à la taille de leur famille et décident de faire une ligature des trompes ou une vasectomie. J’en serais incapable. Comment peut-on être sûr un jour de ne plus avoir envie d’un autre enfant ?

Quand j’y réfléchis, je ne peux pas dire « je n’aurais plus jamais d’autres enfants », nul ne sait ce que nous réserve la vie. Cependant, après ce troisième accouchement, mon état d’esprit est différent de celui après mes accouchements précédents.

Après la naissance de Lise et Melody, j’ai été tout de suite nostalgique de la grossesse. Nostalgique de cette période d’attente où on se projette dans l’inconnu vers ce bébé. Nostalgique de cette fusion entre ce bébé et moi, qui me permet de l’avoir toujours près de moi, toujours rien que pour moi. Après la naissance, j’ai parfois continué à avoir l’impression d’avoir encore un bébé dans le ventre, de sentir ses coups, et, par réflexe je portais ma main à mon ventre. Je me souviens avoir, pour les deux, dit à mon mari que j’avais du mal à me dire que je ne serais plus jamais enceinte.

Après la naissance de Jack, je n’ai pas ressenti tout ça. Cette grossesse, un peu plus compliquée que les précédentes, s’est au final bien passée. Comme les précédentes, j’étais assez en forme, et en fin de grossesse, j’ai même pu bien me reposer. Et je crois que j’ai aimé être enceinte, sentir le bébé bouger, avoir le sentiment d’être tout pour lui jusqu’à sa naissance, savoir que je prenais soin de lui et que c’était grâce à moi qu’il grandissait bien. Pourtant, à la fin, j’avais envie que ce bébé naisse. J’ai réellement ressenti le besoin de ne plus être enceinte, de récupérer mon corps rien que pour moi. Aujourd’hui, j’ai envie de retrouver la ligne, retrouver un corps de femme qui ne sert que moi, d’avoir le sentiment d’être en forme et pleine d’énergie !

Mon accouchement s’est bien passé, il n’y a eu aucune complication et les choses se sont déroulées à peu près comme je me l’imaginais. Pendant l’accouchement, et principalement avant d’avoir la péridurale, je me suis dit que c’était la dernière fois que je vivais tout ça, que je sentais les contractions. Et c’est avec soulagement que je me disais que c’était la dernière fois. Je n’ai pas envie de revivre un accouchement, l’attente, les contractions. Je n’ai pas non plus particulièrement envie d’être enceinte, d’avoir un gros ventre, etc.

Je ne sais pas ce qui fait la différence entre cette naissance et les précédentes, et pourtant j’ai bien ce sentiment d’avoir une famille au complet avec mon mari, mes deux belles princesses et mon petit prince. J’ai envie de profiter de ce petit coeur qui a déjà grandi en me disant que c’est le dernier de notre famille à passer par les différentes étapes traversées par un bébé. Une page se tourne, celle de la formation de notre famille, et une autre arrive que j’ai hâte de vivre. Et pourtant, je ne jurerais pas que je n’aurais jamais d’autres enfants. Est-ce que cela signifie que j’en voudrais un jour un autre ? Ou est-ce normal de ne pouvoir être certain de ne pas changer d’avis ?

Images : Etolane

Je m’en fous ! La notion de risque…

Nous sommes entourés de recommandations de tout genre :

  • Il ne faut pas coucher son bébé sur le ventre, mettre de peluches dans son lit, le faire dormir avec une couette,
  • Il ne faut pas laisser son enfant dans un cosy plus d’une heure,
  • Il faut manger 5 fruits et légumes par jour,
  • Les bébés doivent boire 500 ml de lait par jour,
  • Il ne faut pas manger de crudités mal lavées pendant la grossesse si on n’est pas immunisé contre la toxoplasmose,
  • Il ne faut pas utiliser de biberons avec BPA
  • Il ne faut pas utiliser des produits avec du paraben,
  • Il ne faut pas accoucher à domicile,
  • Il ne faut pas utiliser de trotteur,
  • Il ne faut pas acheter un siège auto d’occasion,
  • Il ne faut pas boire d’alcool pendant la grossesse.
Ces recommandations sont souvent assorties de justifications plus ou moins médicales, d’études statistiques.
Nous entendons tellement ce genre de recommandation qu’il semble y avoir une sorte de « trop plein ». Les messages essentiels ne passent plus et sont rejetés dans la masse de tous les messages moins utiles. J’entends partout autour de moi, une tendance qui consiste à dire « Moi j’ai fait comme ça, et il n’y a pas eu mort d’homme ».
Cela me chagrine beaucoup. Dans les exemples que j’ai donné au dessus, il y a des messages avec lesquels je suis d’accord et d’autres non. Pour faire le tri je me base souvent sur la notion d’équilibre entre le bénéfice espéré et le risque encouru.
Le bénéfice peut être défini par l’ « Avantage que procure une personne ou une chose. » Cela répond à la question « Qu’est-ce que j’espère obtenir, améliorer en faisant cela ? »
Le risque peut être défini par le « Danger éventuel, plus ou moins prévisible, inhérent à une situation ou à une activité. » Cela répond à la question « Que peut-il arriver de négatif en faisant cela? »
Si le bénéfice attendu est plus élevé que le risque encouru, je ne suis pas les recommandations. Pour ma part, aucun bénéfice ne peut contrebalancer un risque qui atteindrait fortement la santé de mon enfant. Et je pense que beaucoup de parents ont le même raisonnement.
Pourtant, il arrive parfois d’entendre des discours qui vont à l’encontre de ce principe.
A titre d’exemple, j’entends souvent « J’ai fait dormir mon bébé avec une couette et il n’en est pas mort ». Le risque reconnu et encouru de faire dormir son nouveau-né avec une couette est la mort subite du nourrisson, l’étouffement. Pour quel bénéfice ? Ça peut être parce que l’enfant dort mieux dans une couette que dans une turbulette et que les parents épuisés veulent un peu de répit. Est-ce que cela en vaut le coup ?
Il ne faut pas se tromper, je ne juge pas ce type de raisonnement et pour preuve, Melody a souvent dormi pendant ses trois premiers mois enroulée dans une couverture parce qu’elle dormait plus que ça ! Mais un jour on a arrêté, parce qu’on a pris conscience que c’était trop de risques pour un bénéfice nul pour notre fille, c’était un choix assez égoïste.
Un autre exemple, par rapport à la grossesse, qui n’a pas entendu « un petit verre ne te fera pas de mal » ou « ce n’est pas parce que tu vas manger une fois un sushi que tu vas attraper quelque chose ». Le risque encouru est la santé de notre futur bébé. Le bénéfice ? un petit plaisir gustatif. J’ai attrapé la toxoplasmose en cours de grossesse. Sûrement à cause d’un petit écart de conduite pour le plaisir de mes papilles, parce que je n’avais pas attrapé la toxoplasmose en 30 ans, ça aurait été vraiment pas de chance de l’attraper maintenant !
Pourquoi donc prenons-nous de tels risques pour un bénéfice souvent faible ? Tout simplement parce qu’on oublie ce que signifie le risque. Ce n’est pas parce que ça ne nous est jamais arrivé (ni à nous, ni à notre entourage), parce que la probabilité d’occurence est faible que cela ne peut pas se produire.
En conclusion, je dirais que peu importe les choix que chacun fait, mais il faut que chacun soit conscient du risque possible et qu’il se pose la question : Si jamais je passe outre les recommandations, est-ce que je serais en mesure d’en assumer la pire des conséquences ? Est-ce que je serais toujours capable de me regarder dans une glace ? Est-ce que je serais capable de soutenir, malgré ce qui est arrivé, que mon choix était le bon ?
Images : VaXzine

Papa ! Comment se construit la place du père…

Avec mon mari, nous avons toujours parlé des futurs enfants que nous aurions un jour même si nous savions que ce n’était pas prévu dans l’immédiat. Je l’ai toujours trouvé plus à l’aise et naturel avec des enfants, même en bas âge, que moi. Quand je suis tombée enceinte, je n’ai donc jamais douté de sa capacité à être père et je le voyais bien tel qu’il est aujourd’hui : un papa câlin, un papa attentif, un papa qui prend soin de ses enfants, un papa protecteur.

Pendant les grossesses, je crois qu’il était comme moi, il avait du mal à s’imaginer ce que c’était d’être parents. Quand j’ai besoin d’organiser matériellement l’arrivée du futur bébé, lui préfère ne pas aller trop vite et se dire qu’il a encore le temps de voir venir ! (et il a bien souvent raison).

Et puis il y a eu la naissance. J’ai passé trois jours en tête à tête avec Lise. Trois jours que j’ai passé à m’occuper intégralement à elle : la nourrir, la câliner, apprendre à lui donner son bain, à faire les petits soins quotidiens, à comprendre ses pleurs et ses demandes. Quand le papa est venu, je n’avais pas de mal à lui confier son petit bébé à l’air tout fragile. Mais je  gardais cette relation assez exclusive entre ma fille et moi.

Une fois de retour à la maison, le papa, étant en congé paternité, devait tout naturellement s’occuper de sa fille (et il voulait le faire). Mais cela signifiait pour moi d’accepter de « lâcher un peu ma fille » après avoir passé 9 mois très exclusifs et 3 jours à la maternité tout aussi exclusifs. Je me suis rendue compte que ce n’était pas « naturel ». Si cela ne venait pas de moi, si je ne m’obligeais pas à le laisser s’occuper d’elle, je pourrais très bien rentrer dans une relation fusionnelle entre Lise et moi. J’ai pris conscience que malgré le fait que j’adorais m’occuper d’elle, il fallait que je laisse de la place à son papa.

Laisser de la place au papa, cela signifie :

  • accepter qu’il câline son enfant,
  • accepter qu’il peut le consoler aussi bien que sa maman,
  • accepter qu’il soigne son enfant,
  • accepter qu’il puisse faire les choses différemment sans les faire mal,
  • accepter qu’il puisse avoir un point de vue différent sur l’éducation et l’écouter pour trouver un compromis acceptable,
  • ne pas prendre de décision important sans lui,
  • bref, le laisser devenir le père qu’il a envie d’être et non le père qu’on a envie qu’il soit.
Lors de la naissance de Melody, j’ai eu le même réflexe que pour Lise qui était de vouloir la garder pour moi. Tout ça me fait penser qu’il n’est pas juste de reprocher uniquement au père de ne pas prendre la place qu’il devrait. Il faut évidemment que le papa ait envie de trouver sa place, mais la mère a un rôle important à jouer en lui laissant de la place et pas forcément celle qui l’arrange… Régulièrement, je me rappelle intérieurement à l’ordre pour ne pas intervenir parce que les choses ne se déroulent pas comme je le souhaite.

Images : Christopher Allison

Maman ! Comment devient-on mère…

Je ne fais pas parti des femmes qui ont attendu la maternité avec impatience depuis qu’elles sont en âge de materner leur poupée. Avant d’avoir mes propres enfants, j’ai toujours été mal à l’aise avec les enfants des autres… Comment le tenir ? Pourquoi il vient vers moi ? Ah non, c’est dégoûtant ! Pourtant je ne me suis jamais imaginée n’avoir jamais d’enfants…

Quand je suis tombée enceinte ce n’était pas par hasard, et j’étais sur un petit nuage, toujours un sourire au coin des lèvres. J’ai adoré sentir mon bébé bouger, avoir le sentiment de tout faire pour l’amener en pleine forme vers son premier pas vers l’autonomie : sa naissance. Pourtant, quand j’essayais de m’imaginer avec ce bébé une fois né, c’était le flou le plus complet. Comment allais-je faire pour m’occuper de ce petit être dépendant alors que j’étais mal à l’aise avec tous les enfants, même les plus grand ?

Le pire était quand je lisais des choses du genre : une femme devient mère dès le test de grossesse alors qu’un homme devient père après la naissance. Apparemment, je m’étais trompée de sexe, je ne me sentais pas vraiment mère pendant la grossesse et il m’a fallu du temps pour devenir mère après la naissance. Donc entendre ce genre de choses me mettaient très mal à l’aise, et je me demandais comment j’allais faire pour ne pas échouer dans ce nouveau rôle, comment j’allais rendre mon enfant heureux…

À la naissance de ma fille, j’ai bien évidemment était très émue et j’ai pris soin de ce petit bébé mais je n’avais pas l’impression d’être devenue une maman. J’ai souvent eu l’impression de ne pas être à la hauteur et de ne pas savoir quoi faire avec ce petit humain. Pour moi, le déclic s’est plutôt produit quand ma fille m’a elle-même considéré de manière particulière, comme quelqu’un qui a un rôle particulier : comme sa maman. Cela commence par des regards, des sourires, des câlins, puis ce mot magique dont ils découvrent très vite le pouvoir : maman !Je suis devenue une maman.

Ce miracle s’est reproduit une autre fois depuis, avec ma seconde fille. Et bizarrement, j’ai découvert qu’on ne devient pas maman qu’une seule fois. On est autant de maman qu’on a un enfant. Pendant ma seconde grossesse (et cette troisième en cours), j’ai eu autant de doutes, d’inquiétudes sur ma capacité à m’occuper de ce deuxième (puis troisième) enfant. Comment est-ce que j’allais pouvoir l’aimer autant que le premier ? Comment allais-je pouvoir gérer les deux (trois) ensembles ?

J’ai toujours été mal à l’aise avec l’expression : l’amour d’une mère ne se partage pas, il grandit à chaque enfant… Pour moi, c’est une sorte de fable raconté à ses enfants pour les rassurer. J’ai plutôt l’impression qu’à chaque grossesse, on ne gagne pas seulement un petit amas de cellule. C’est un nouveau lien qui se tisse entre deux êtres tous neufs : un petit bébé tout neuf et une maman toute neuve.

L’instinct maternel reste également un mystère pour moi, rien n’est inné pour moi dans ce domaine. J’apprends au fur et à mesure que mes enfants grandissent, je fais des erreurs, j’essaie de les corriger, je savoure mes succès mais l’apprentissage est long.

Images : Brennaval

Mange ! La diversification à 3 ans.

Comme je le disais dans mes précédents billets sur les problèmes d’alimentation de Lise (épisode 1, épisode 2, épisode 3), nous avons beaucoup galéré pour faire manger Lise. Je ne peux pas dire que cela soit du passé, mais nos bonnes résolutions pour l’année 2011 commencent à faire effet.

Depuis que nous avons commencé à prendre du recul avec le fait qu’elle ne mangeait que de la viande, des pâtes et des pommes de terre (et pas sous n’importe quelle forme !), la curiosité de Lise commence à revenir. Les repas varient un peu et ce qui pour nous est considéré comme des victoires ferait hérisser les cheveux : certains plats peu équilibrés ont fait leur entrée dans l’assiette de la miss (crêpes surgelées, gratins de pâtes et de pomme de terre, frites, oeufs cocottes en brioches, gaufres, etc.)

Mais ça ne s’arrête pas là, c’est aussi dans la façon de manger qu’il y a eu des changements. Le fait qu’il ne lui manque plus qu’une de ses prémolaires joue aussi, mais les bouchées sont plus grosses, il y a moins de pinaillage (par exemple : c’est trop dur, c’est trop gros, etc.). Alors qu’elle n’avait tendance à ne manger qu’une chose précise à chaque repas (que de pâtes à un repas, que du jambon à l’autre), elle mange plus varié. Elle accepte aussi plus facilement les différentes sortes de pâtes (y compris les pâtes aux légumes), les différentes sortes de gâteaux, les différentes sortes de viandes, les différentes sortes de bonbons.

Mais j’ai aussi gardé le meilleur pour la fin, la saison aidant, Lise s’est mise à manger des fruits. Elle ne les aime pas tous, mais elle mange volontiers les clémentines puis les pommes, les poires, les fraises et raffole des cerises… Vu d’où on vient, le chemin parcouru est énorme, la diversification est en cours. Je considère cette diversification comme une vraie diversification (pas celle subie à 6 mois par le bébé qui n’en n’est pas du tout acteur). Mais pour le moment, nous n’arrivons pas à lui faire manger des légumes. Quelques grignotages crus (carottes, radis, salade), mais sans plus. Mais peu importe pour nous, un jour, je n’en doute plus, ça viendra.

Nous gérons la diversification de Melody complètement différemment. Seul l’avenir pourra nous dire si nous avons tord ou raison. Mais tout ce qu’elle veut manger, elle le mange (dès l’instant que ce n’est pas dangereux pour elle). A 14 mois, elle grignotte déjà des frites après son repas, si c’est ce qu’il y a à notre menu, elle goûte les gâteaux apéritifs, elle mange du chocolat, de la brioche, des petits gâteaux. Les morceaux ne lui font pas peur (et à nous non plus) que cela soit du fromage, du jambon ou un peu de fruit.

Je n’ai pas jeté aux orties les recommandations de nos têtes pensantes, mais nous avons surtout décidé de lâcher du lest et laisser faire les envies de nos petites têtes impulsives. Et je ne me sens plus coupable face à notre échec des 5 fruits et légumes par jour !

Images : Frank Da Silva