Dors ! Quand le sommeil ne vient pas…

Quand on est parent, il y a, à chaque instant, des parties de l’éducation qu’on a l’impression de réussir et d’autres qui nous dépassent (pour moi, l’alimentation de mes enfants). Jusqu’à présent, côté sommeil, nous n’avons jamais eu de réels soucis.

Pour Lise, tout était simple, elle a fait ses nuits à 1 mois (et quand je parle de nuits, je ne parle pas des fameuses 6 heures d’affilées, mais plutôt de nuits 10-12h). Elle a rapidement appris à s’endormir seule, et elle ne se réveillait que rarement la nuit.

Pour Melody, cela a été un peu plus long, elle a fait ses nuits à 6 mois mais elle savait déjà se rendormir seule ce qui nous a permis de la faire dormir dans la chambre de sa soeur dès ses 3 mois. 98+-98

Mes filles sont incapables de dormir dans notre lit, pour la simple et bonne raison qu’on ne les a jamais prises dans notre lit. Je ne suis pas contre le cododo, mais j’ai déjà du mal à les faire dormir dans la même chambre que moi (pour des raisons d’intimité, mais aussi de qualité de sommeil de chacun) alors dans mon lit ! Ici chacun son lit, chacun sa chambre. Pendant le temps où Melody a dormi dans notre chambre, je dormais très mal, redoutant le moindre bruit qui pourrait indiquer son réveil ou celui de son estomac.

Mais depuis les 6 mois de Melody, nous dormions très bien et nous pouvions profiter de nos soirées comme de nos nuits. Vers 20h30, tout le monde dort, et vers 7h tout le monde se lève. Cela est toujours un peu tôt pour la marmotte que j’ai toujours été mais on avait cette certitude de ce moment de calme et de nos soirées en couple.

Mais voilà, je crois que personne n’y échappe à un moment ou un autre. Vous pouvez chercher dans Google « enfant qui se relève le soir« . Le nombre de sujets sur les forum à ce sujet est là pour en témoigner. Et bien souvent, cela concerne des enfants de 2-3 ans. Les problèmes de sommeil ont commencé il y a 6 mois pour Lise (est-ce l’arrivée du bébé qui a servi de déclencheur ?). Et cela est d’autant plus pénible quand on n’en a pas l’habitude !

Cela a commencé par des problèmes d’endormissement, Lise ne s’endormait plus qu’en pleurant, elle nous appelait, et nous devions y retourner plusieurs fois (de 3 fois dans les meilleurs cas à une dizaine de fois dans les autres cas). Cela nous menait parfois jusqu’à 23h… Je poussais pour que nous la laissions un peu pleurer et pour ne pas y aller systématiquement. Et cela semblait se calmer un petit peu. Mais cela était le calme avant la tempête.

Voilà qu’il y a environ 3 mois ce qui devait arriver, arriva. Alors que Lise dort dans un lit sans barreau depuis plus de 6 mois, elle vient de découvrir son immense pouvoir ! Elle peut se lever seule et revenir nous hanter dans le salon… Le cycle infernal a commencé. On la voyait débouler sans arrêt dans le salon, en riant aux éclats, et de plus en plus fréquemment. Et son se voyait monter en pression, en nous énervant de plus en plus. On commençait par rester zen, puis à crier, puis à hurler, puis une tape sur la couche.

Je suis contre tout châtiment corporel, mais là, prise dans cette boucle sans fin, la seule solution qui mettait fin à l’engrenage et à la surenchère était cette tape sur la couche qui mettait fin à l’amusement pour laisser place à la frustration et Lise finissait par s’endormir en pleurant. Mais voilà, une fois endormie, l’un comme l’autre nous ne nous sentions pas fiers de nous. La crise était temporairement résolue, mais au prix d’une frustration d’un côté, et d’un sentiment de culpabilité de l’autre. Bref, nous étions loin d’une solution gagnant-gagnant. De plus, avec le temps, il n’y avait au final aucune amélioration, même le coucher des siestes est devenu un véritable bras de fer. Nous étions stressés tous les soirs, nous sursautions au moindre bruit et nous n’avions plus de soirées.

C’est là où le dialogue dans un couple est très important. Nous nous sommes mis d’accord sur tout ce qui n’était pas une solution acceptable :

  • continuer comme ça dans la surenchère,
  • la laisser se lever et rester avec nous jusqu’à ce que le sommeil soit le plus fort !
Nous nous sommes ensuite entendus sur une stratégie :
  • Fin de la tape sur les fesses. Cela ne résout rien et va à l’encontre de nos convictions ;
  • Fin de l’énervement de notre côté. Notre fille nous teste et quand il y a un comportement à éliminer, il vaut mieux ne pas montrer son agacement et son stress et faire plutôt preuve d’indifférence ;
  • On gère un soir chacun notre tour. Nous ne récupérerons pas tout de suite nos soirées de couples, mais au moins un des deux peut disposer de sa soirée comme il l’entend. Cela fait un peu gardien de dortoir, mais nous restions sur une chaise à côté de leur porte pour récupérer la petite évadée avant qu’elle ne puisse sortir de sa chambre et ainsi monter en pression le temps d’arriver jusque dans le salon. Si nous l’entendions se lever, nous lui disions de se recoucher sans ouvrir la porte.
  • Quand on s’énerve, l’autre prend le relais.
  • Rappel tous les soirs du rituel du coucher. Une fois ce rituel passé, chaque fois que Lise se relève cela est traité de la même façon : on l’empêche de sortir de sa chambre, on la recouche sans commentaire, sans s’attarder.
  • Tous les soirs, on lui rappelle que si elle a besoin de nous on reviendra une fois chacun mais qu’au delà c’est trop.
Nous avons de suite remarqué que le jeu devenait beaucoup moins drôle. Mais pas à l’abri d’idées nouvelles, Lise a trouvé un nouveau moyen de pression : aller tirer les cheveux de sa soeur. Je peux vous dire que ça fait mal au coeur de voir une poignée de cheveux de sa fille dans la main de son autre fille ! Et dans ce cas, difficile de ne pas revenir à l’ancienne méthode… Mais, il était hors de question de céder. Nous avons dû récupérer Melody plusieurs soirs de suite, pour qu’elle ne subisse pas les assauts de sa soeur. Elle n’a fait ça que deux soirs de suite (sûrement parce qu’elle l’aime malgré tout sa petite soeur 😉 ). Les choses se calmaient un peu, ou en tout cas, elles n’empiraient plus. Et puis le temps des vacances est venu…
Nous avons loué un gite de 3 chambres (donc plus grand que chez nous). Malgré tout, par habitude, nous avons couché les filles dans la même chambre le premier soir. Mais Lise empêchait sa soeur de s’endormir en lui lançant des oreillers dans le lit parapluie… Nous les avons donc séparées pendant une semaine. Cela nous a permis de gérer la crise plus sereinement. Les couchers sont devenus plus sereins, et la fréquence des levers ont nettement diminués.
Puis nous sommes allés une semaine en famille. Lise a dû pendant ce temps dormir dans un lit parapluie, donc il n’était plus possible de se lever aussi facilement. Même si elle nous rappelait quelque fois, cela a permis de calmer le jeu, et nous avons pu profiter de nos soirées.
Je craignais un peu le retour chez nous, mais au final, tout s’est bien passé. Je crois que les deux semaines loin de chez nous a permis à Lise de se rendre compte qu’elle aimait dormir avec sa soeur (nous l’avons sentie un peu vexée, par moment, de ne plus être avec sa soeur), et qu’en s’endormant sereinement, tout le monde se sent mieux…
Mais je soupçonne que tout ce comportement venait du fait que nous étions très occupés par nos travails respectifs dans les semaines précédent les vacances. Le temps de la reprise est arrivé, mais j’espère que les bases que nous avons réinstaurées pendant ces vacances seront assez solides pour ne pas être remises en cause dès maintenant !

Images : Fernando Mafra 

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On ne doit pas taper !

Alors que j’étais naïve et sans enfant, je ne comprenais pas ces enfants qui tapent sans raison sur les autres. Cela me laissait incrédule, et je devais sans doute me dire, que cela venait des parents.

Quand Lise est arrivée à l’âge des bêtises plus ou moins graves, mon mari et moi avons décidé de ne pas lui donner de fessées. Nous partons du principe assez simple qu’il serait incompréhensible pour elle de comprendre qu’il ne faut pas taper les autres, quelque soient les raisons, si de notre côté nous lui en donnions le mauvais exemple.
Elle n’a dû recevoir qu’une ou deux tapes sur la couche plus motivées par la peur que nous avons eu que par l’idée que nous faisions ce qu’il fallait faire. Nous sommes à chaque fois revenus sur notre geste, une fois la crise passée, avec Lise, en nous excusant et en lui expliquant qu’il nous arrivait nous aussi de faire des erreurs et de nous laisser déborder par nos émotions du moment.

Ça ne l’a pas empêché d’avoir une période très agressive envers les autres enfants de tout âge et bien souvent sans agression de leur part… J’étais toujours assez honteuse envers les autres parents et les remontrances ont eu longtemps l’air d’être inutiles. Cela a duré de 18 mois à plus de deux ans.

Cela arrive encore que Lise tape. Je rajouterais même « Heureusement ! », c’est souvent un signe de frustration. La frustration de ne pas savoir exprimer autrement un débordement d’émotion parfois positive, ce qui est d’ailleurs très étonnant de notre point de vue. À quel adulte viendrait-il l’idée de dire : « Bonjour, tu m’as l’air sympa, tu veux bien discuter avec moi ? » et de conclure par une belle droite en plein dans les dents ?

Mais je vois maintenant les jeunes enfants qui tapent d’un œil différent en fonction de leur âge. Je vois aussi les parents d’un œil différent. Il y a ceux qui sont catastrophés, et je me revois à leur place. Ceux qui reprennent leur enfant avec fermeté mais douceurs. Il y a ceux aussi qui regardent ailleurs jusqu’à ce que les parents de la victime soient obligés d’intervenir. Ces derniers, je ne les comprends pas. Mais je ne sais pas si on peu déduire de l’attitude des parents, la future attitude de leurs enfants.

Être parents c’est bien souvent revoir ses certitudes et apprendre la nuance : dans nos actions, dans nos jugements, dans nos prises de décisions.