Travaille ! Est-ce que devenir mère rend inapte au travail…

Je travaille depuis un peu moins de 10 ans. Je suis mère depuis un peu moins de trois ans. Si on se fie à mes entretiens annuels, au retour de mes supérieurs hiérarchiques et des gens avec qui je travaille, je fais bien mon travail et la qualité de ce que je produis est satisfaisant. Voilà de quoi satisfaire mon égo et mon amour propre. Si je compare mes compétences diverses au début de ma carrière et aujourd’hui, il est indéniable que j’ai évolué sur de nombreux aspects, aussi bien techniquement que humainement.

Quand j’ai débuté ma carrière, j’avais encore l’idéalisme, la fougue, la prétention, la motivation, l’arrogance, l’impatience et les certitudes de la jeune diplômée. Mes premières années d’expérience m’ont appris à être plus posée, moins impulsive.

Il paraît que certains pensent qu’une femme met (ou même doit mettre) fin à sa carrière quand elle devient mère. J’ai la chance de ne pas (ou ne plus) travailler dans un environnement de ce genre, même si j’admets que pour le moment mon évolution a sérieusement ralenti. Pour ma part, je trouve ça dommage de pénaliser une femme dans sa carrière parce qu’elle est mère. Cette experience, non professionnelle, a beaucoup d’impacts sur le domaine professionnel. Et cela vaut également pour les pères. De quelles aptitudes, apportées par mon expérience de mère, je tire profit au quotidien dans mon travail ?

Remise en cause perpétuelle et capacité d’adaptation
Avant d’être parents, tout le monde a des principes, des théories, mais une fois confrontés à la réalité soit on s’adapte, soit on est dépassé et on passe notre temps et notre énergie à essayer en vain de respecter les lignes qu’on s’est fixé. J’ai appris plus ou moins rapidement à m’adapter à la situation, à lâcher du lest sur certains aspects pour pouvoir garder ce qui me paraissait essentiel.
À l’école, j’ai appris la théorie de mon métier, ce qu’il fallait faire ou ne pas faire et quand. Mais une fois dans le monde du travail, il est parfois très frustrant de voir que rien ne fonctionne comme dans les livres. Il faut savoir faire des concessions pour pouvoir s’imposer quand cela est nécessaire.
Il est parfois possible dans le monde du travail, en fonction de notre position hiérarchique, de nos responsabilités d’imposer des choses sans l’aval de tous. Certains râleront mais la plupart exécuteront ce qu’on leur demande même si c’est avec de la mauvaise volonté parce que c’est leur travail.
Un enfant, par contre, ne répond à aucune convention sociale et ne s’adaptera pas à ce qu’on lui demande s’il estime que ça ne lui apportera rien. Il faut donc très rapidement évaluer la situation et trouver des solutions qui soient acceptables pour chaque intervenant. Quand on applique cela au travail, cela permet d’obtenir au pire le même résultat mais en général de meilleurs résultat qu’en imposant les choses de force et personne ne se sent lésé ou mal considéré.

Capacité de négociation
Ce point rejoint le précédent. Je suis une persuonne qui sait ce qu’elle veut, ce qui doit être fait et qui a tendance à être intransigeante. Quand on estime qu’il y a des points importants, sur lesquels il ne faut pas lâcher, on entre dans la phase de négociation.
Si on est dans un mode éducatif très strict, les parents imposent leurs décisions sans se soucier de l’acceptation et la compréhension de leurs enfants (et cela peut très bien fonctionner). Mais si on n’a pas envie de rentrer dans ce mode de fonctionnement, pour qu’un enfant coopère, il a besoin de comprendre la décision et d’y voir son intérêt.
Il faut donc trouver les arguments qui vont peser dans la balance très rapidement, parce que lorsqu’on laisse un enfant s’entêter on n’arrive à rien. Cela demande beaucoup de sang froid et de recul.
Dans le monde du travail, il en est de même, sauf que le caractère d’urgence est souvent moins impératif. Vous avez déjà essayé de résoudre une équation complexe avec à côté de vous un enfant qui pleurniche ou se roule par terre ? Quand vous arrivez à résoudre ce genre de crise, plus rien ne vous paraît insurmontable car rien n’est plus stressant que les pleurnicheries incessantes d’un enfant.

Sens de la responsabilité
Face à un enfant, nous sommes les êtres responsables. Il n’y a pas d’autres choix qu’assumer ses choix, ses erreurs et d’essayer de les corriger. Un enfant apprend à travers ses parents, et ses comportements sont une réponse à notre education (surtout les premières années) même lorsqu’ils sont gardés par des tiers. Je parle biensûr de comportements qui s’inscrivent dans la durée et non de comportements « tests » qui vérifient les limites et leur permanence.
Au travail, il est toujours tentant de rejeter la responsabilité sur les autres notamment par peur de perdre son travail, une augmentation ou une promotion. Mais je trouve aujourd’hui que face à la responsabilité d’une petite vie en devenir, tout cela semble moins important. Il devient alors plus facile de reconnaître ses erreurs, et cela est bien souvent mieux perçu que de rejeter la responsabilité sur un autre.

Patience
Je suis une personne très impatiente. J’aime bien Noël, mais j’ai toujours trépigné d’impatience tout le mois de décembre. Quand une décision est prise, j’aime qu’elle se concrétise rapidement.
Je travaille sur des projets qui passent par différentes étapes obligatoires mais qui dépendent souvent de tiers peu disponibles et donc je suis souvent en attente de décisions ou d’informations.
Avec un enfant, il faut s’armer de patience pour voir le fruit de ses efforts. Quand on veut éliminer un comportement indésirable, il n’est pas possible d’atteindre son objectif du premier coup. Il faut répéter sans cesse, ne jamais céder, ne jamais se décourager. Autant vous dire qu’il faut de la patience pour ne pas craquer quand on retourne coucher un enfant pour la quinzième fois dans la soirée et la dixième soirée d’affilée alors qu’on est épuisé et qu’on aspire juste à se reposer nous aussi.
Alors quand on attend une information depuis des jours et qu’elle n’arrive pas, cela apparaît quand même moins usant. On s’adresse dans la plupart des cas à des gens doués de raison, qui, même si ils y mettent de la mauvaise volonté, finiront par faire ce qu’on leur demande, parce que c’est leur métier et qu’ils comprennent le sens d’une obligation. Alors qu’un enfant n’est pas encore dans cette logique.

Empathie
L’empathie est très importante dans mon travail. Je travaille avec des profils très différents ou chacun a son propre angle de vue sur un problème, ses propres contraintes, voire ses propres objectifs. Pour avancer efficacement, il faut appréhender tous ces aspects pour chacun des intervenants.
Lorsqu’on éduque un enfant, le premier problème auquel on est confronté est un soucis de communication. Un bébé communique, mais pas verbalement. Même lorsque le langage est acquis, un enfant a souvent des difficultés à exprimer ses attentes, ses angoisses, ses sentiments, ce qu’il veut ou ne veut pas. Il est donc important d’observer son enfant, d’enregistrer les signes et essayer de se mettre à leur place pour les comprendre, anticiper les situations  problématiques, communiquer efficacement.
Au travail, si on arrive à bien interpréter le comportement des autres et tous les signes de communication verbale et non verbale, cela est un avantage considérable. Parce qu’à force de les observer et d’anticiper leurs réactions, on peut plus facilement se préparer aux éventuels inquiétudes et problèmes engendrés et ainsi les éviter.

La gestion des conflits
Quand on a plusieurs enfants ou que notre enfant expérimente la collectivité, la gestion du conflit fait partie intégrante du quotidien. Même si notre enfant est le plus social possible. Quand ce conflit se déroule entre deux de nos enfants, on est toujours pris dans un étau quand le conflit semble légitime. J’ai encore eu un exemple aujourd’hui, quand Melody trouve le jouet préféré de Lise qui veut le récupérer alors qu’elle ne s’en servait pas. Personne n’a raison ou tord. Je comprends Lise qui ne veut pas prêter son jouet préféré. Je comprends Melody qui ne comprend pas pourquoi elle devrait rendre ce jouet qui était inutilisé et qui lui faisait envie.
Quand on est extérieur au conflit, et qu’un arbitre ne sert à rien car il n’y a aucune décision plus juste que l’autre, il faut endosser le rôle du médiateur. Il faut amener les différentes parties à trouver une solution à leur conflit qui soit satisfaisante pour chacun. Dans mon ancien travail, où on aime bien donner un nom anglo saxon à la moindre notion, on appelait ça une solution « win-win ». Quand on tient ce rôle avec des enfants, il est vraiment important qu’aucun ne se sente lésé pour ne pas faire naître chez lui une frustration permanente, ni en privilégier un systématiquement pour des raisons plus ou moins valables (il est plus petit, plus fragile, plus sensible, moins arrangeant, etc.). Il faut rester impartial.
Au travail, cette capacité de facilitateur d’échanges, d’émulation des équipes est très appréciée, surtout quand chaque interlocuteur en ressort gagnant, grandi et valorisé.

Tous ces exemples sont ceux qui sont plus flagrant par rapport à moi et à ma personnalité, mais chacun peut trouver d’autres exemples tirer de sa propre expérience. La maternité m’a vraiment changé au quotidien, y compris pour le travail et je n’y vois que des aspects positifs.

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Travaille ! Ma fille, tu ne seras pas mère au foyer…

Je suis une maman qui travaille, et je ne pense pas être faîte pour être mère au foyer. Ce billet est le premier d’une longue série sur un sujet à la mode actuellement qui traite de mon rapport en temps que maman avec le travail. Je n’ai pas la patience et le dévouement  nécessaires pour garder mes filles toute l’année, tous les jours, toute la journée. J’aime mes filles, j’apprécie d’être avec elles, toute la journée, 3 jours par semaine). Mais j’aime travailler (sûrement parce que j’ai la chance d’avoir un travail stimulant). Je ne sais pas si cela est propre à ma personnalité ou si cela est dû à mon éducation. Ce qui est sûr, c’est que ma propre mère (mère au foyer depuis la naissance de mon deuxième grand frère) n’a eu de cesse de me répéter :

  • qu’elle regrettait de s’être arrêté de travailler, et que c’était la plus grosse erreur de sa vie,
  • qu’en tant que femme je devais travailler deux fois plus pour obtenir la même chose que les hommes,
  • que je devais être plus forte et meilleure que les hommes,
  • que je devais réussir mes études,
  • que je ne devais pas être dépendante financièrement d’un homme, ni sa « boniche »,
  • que si j’arrêtais de travailler, même temporairement, je le regretterais pour ma retraite,
  • etc.
Mais elle était aussi pleine de contradiction, puisqu’elle était elle-même mère au foyer. Elle a eu l’occasion de reprendre un travail salarié (qu’elle fait déjà plus ou moins en tant que bénévole) mais n’en a pas voulu  Elle me sollicitait beaucoup plus que mes frères pour l’aider dans les tâches ménagères.
Ma propre position est un peu différente. Effectivement, j’aime mon travail. Je ne suis pas carriériste, je n’ai pas les dents qui rayent le parquet, mais j’ai de l’ambition, j’aime les challenge, et je ne me vois pas faire le même travail toute ma vie. J’ai la chance d’avoir fait des études, et d’avoir une formation qui me permet, en théorie, d’accéder à beaucoup de fonctions différentes dans une entreprise et je compte bien en profiter.
Mon côté « maternel » n’était pas une évidence, comme ça peut l’être pour certaines personnes. Je n’ai pas passé mon enfance et mon adolescence à rêver d’avoir des enfants. Avoir des enfants était pourtant naturel, je ne me serais pas vue passer une vie sans avoir des enfants, même si je n’ai jamais passé beaucoup de temps à me projeter dans ce rôle de maman. J’ai désiré ces enfants et cette famille formée avec mon mari. Mais cela ne pourrait être l’unique « but » de ma vie.
Je ne souhaite pas non plus que mes enfants ne me voient pas, et me le reprochent plus tard. Quand ils seront adultes, je préfère qu’ils nous reprochent d’avoir été trop présents, que trop absents.

Pour concilier tout cela, je me suis mis en tête, qu’il y avait un temps pour tout.
Suite à mes études, j’ai choisi un poste qui me donnait beaucoup d’investissements au niveau horaire, et intellectuel, qui me permettrait d’évoluer rapidement et de valoriser mon diplôme par un travail qui ferait référence sur mon sujet mais en contre partie d’un environnement de travail très compétitif et éprouvant nerveusement.
Une fois que j’ai estimé avoir atteint mon objectif, j’ai alors changé de travail. Pour celui-là, j’ai privilégié le cadre de travail, le luxe d’habiter à 10 minutes de mon travail, avec moins de pression, tout en continuant à compléter mes acquis. Ce deuxième travail est certes moins stimulant, et a des perspectives d’évolutions moindres. Cependant, c’est le compromis idéal pour fonder une famille, et profiter des premières années de mes enfants, tout en continuant à travailler dans mon domaine et continuer à acquérir de l’expérience. Ma carrière est donc entre parenthèses pour un moment. Et je suis actuellement au 4/5ème ce qui me convient parfaitement.
Mon objectif, suite à cette « pause » est pourtant, une fois mes enfants devenus plus autonomes d’essayer de retrouver un travail contenant un peu plus de challenge, de responsabilités et avec de plus grandes perspectives d’évolution mais qui me demandera un plus grand investissement.
Je n’ai malheureusement pas le recul nécessaire pour savoir si mon choix sera payant, que cela soit pour ma famille ou pour mon travail. Est-ce que le « retard » que je prends aujourd’hui dans mon travail, je pourrais le rattraper plus tard ? Ce qui est sûr c’est que le temps que je ne passe pas avec mes enfants je ne pourrais jamais le rattraper. Pourtant je ne culpabilise pas de continuer à travailler, je n’envie pas les femmes au foyer. J’espère avoir fait le bon compromis pour moi, mes enfants, mon foyer.