Sois agile ! De la gestion de projet à la gestion de famille…


2013-10-02 08.39.54Un article sur les vendredis intello Etre « agile » en famille m’a rappelé que je voulais depuis un moment parler de la façon dont mon travail a influencé ma façon de gérer ma famille. J’avais déjà parlé des qualités qu’on acquiert en tant que parents et qui deviennent de véritable atouts dans le monde de l’entreprise : Est-ce que mère rend inapte au travail !

Je travaille dans le domaine du développement informatique. Il existe autant de méthode de développement informatique que d’entreprise travaillant dans ce domaine mais depuis un certain temps on entend parler d’agilité. L’agilité dans l’informatique se base sur 4 valeurs  (voir l’article Wikipedia sur le sujet) :

  • L’équipe (« Les individus et leurs interactions, plus que les processus et les outils ») : dans l’optique agile, l’équipe est bien plus importante que les outils (structurants ou de contrôle) ou les procédures de fonctionnement. Il est préférable d’avoir une équipe soudée et qui communique, composée de développeurs (éventuellement à niveaux variables), plutôt qu’une équipe composée d’experts fonctionnant chacun de manière isolée. La communication est une notion fondamentale.
  • L’application (« Des logiciels opérationnels, plus qu’une documentation exhaustive ») : il est vital que l’application fonctionne. Le reste, et notamment la documentation technique, est une aide précieuse mais non un but en soi. Une documentation précise est utile comme moyen de communication. La documentation représente une charge de travail importante, mais peut pourtant être néfaste si elle n’est pas à jour. Il est préférable de commenter abondamment le code lui-même, et surtout de transférer les compétences au sein de l’équipe (on en revient à l’importance de la communication).
  • La collaboration (« La collaboration avec les clients, plus que la négociation contractuelle ») : le client doit être impliqué dans le développement. On ne peut se contenter de négocier un contrat au début du projet, puis de négliger les demandes du client. Le client doit collaborer avec l’équipe et fournir un compte rendu continu sur l’adéquation du logiciel avec ses attentes.
  • L’acceptation du changement (« L’adaptation au changement, plus que le suivi d’un plan ») : la planification initiale et la structure du logiciel doivent être flexibles afin de permettre l’évolution de la demande du client tout au long du projet. Les premières livraisons du logiciel vont souvent provoquer des demandes d’évolution.

Comment on transpose cela à la famille et à l’éducation ?

  • L’équipe=La famille
  • L’application=le déroulement du quotidien de la famille
  • La collaboration=l’implication de chaque membre de la famille
  • L’acceptation du changement

Des méthodes issues des principes agiles, j’ai gardé et appliqué quelques outils dans ma famille.

Timebox

Un projet est soumis à de nombreuses contraintes : coût, temps, périmètre.

  • Soit on travaille à périmètre constant : on considère que le produit ne peut être livré que quand toutes les fonctionnalités sont disponibles et souvent les projets dérapent, prennent plus de temps et coûtent plus chers que prévu.
  • Soit on travaille à temps constant : si les tâches sont plus longues à être exécutées que prévu, on doit réduire le périmètre. Pour que cette méthode soit efficace il faut définir la priorité de chaque tâche et quand on estime qu’elle est terminée.

A la maison c’est pareil, il y a toujours quelque chose à faire et on se laisse vite monopoliser par une tâche en particulier, remettant les autres à plus tard (c’est à dire quand celle en cours sera terminé). Résultat, on a souvent l’impression d’être en retard, de n’avoir jamais fini. Comment j’applique ça chez moi ?

Un exemple concret : le repassage. Avec 3 enfants et 2 adultes à la maison, on peut passer des heures à repasser chaque semaine. Le moment où je repasse c’est le soir, une fois que les enfants sont couchés. Le soucis, c’est que j’avais tendance à passer ma soirée dessus, mais comme je voulais quand même pouvoir me détendre un peu après, je me couchais plus tard et je rognais sur ces précieuses heures de sommeil dont chaque parent est en carence. La solution : me fixer un créneau de 45 minutes de repassage, ni plus, ni moins. Tant pis si je n’ai pas fini, je referais une autre séance plus tard.

Un autre exemple : la préparation des enfants le matin. Chaque matin se déroulait pareil, je pensais mon temps à répéter à mes enfants de se préparer, d’arrêter de jouer et de rester concentrer sur le fait de se préparer. Résultat, je finissais par les habiller, et une fois l’heure d’aller à l’école, c’était pleurs et cris parce que je leur avais communiqué mon stress et parce qu’ils n’avaient pas eu le temps de jouer. La solution : j’ai passé un contrat avec eux, ils disposeraient tous les matins de 20 minutes de jeux entre le moment où ils sont prêts et le moment de partir à l’école. Ces 20 minutes de jeux étaient précédées de 20 minutes pour se préparer seuls. Si ils mettaient moins de temps, ils pouvaient jouer plus. Si ils n’avaient pas fini de s’habiller, ils avaient un peu moins de temps de jeux et je les aidais à terminer de se préparer. Comme à 3 ans et 5 ans il n’est pas évident de se rendre compte du temps qui passe, j’ai investi dans un timer spécial qui permet de visualisé le temps restant et sa diminution. Et ça marche très bien. Ils arrivent à se concentrer sur leur tâche car ils savent que si ils sont distraits, ils ne pourront pas terminer et profiter de leur temps de jeu. Cela marche si bien, que nous n’avons plus besoin du timer.

Prioriser

Plutôt que de prendre les tâches les unes après les autres comme elles arrivent, le principe est de prioriser chaque tâche. Les éléments à prendre en compte quand on priorise dépendent de chacun mais ce qui est particulièrement efficace c’est de prendre en compte : le gain espéré à accomplir une tâche par rapport au temps et à l’effort qu’il faudra pour l’accomplir.

Un exemple : l’état de ma cuisine ne me satisfait pas, les murs sont en mauvais état, elle n’est pas rangée, les poubelles traînent, la vaisselle n’est pas faite. L’idéal serait de tout faire, bien évidemment. Mais que vaut-il que je fasse en premier entre : repeindre ma cuisine qui me prendra deux jours mais cela sera du plus bel effet ou sortir les poubelles qui me prendra 5 minutes et m’évitera de me prendre les pieds dedans ?

Un autre exemple : je n’ai pas beaucoup de temps pour repasser. Certains vont gérer leur priorité et décider de ne rien repasser, mais je ne peux pas m’y résoudre. Donc je sais que j’ai un créneau de 45 minutes de repassage, au lieu de prendre le linge comme il vient dans la panière, je commence par ce qui sera le plus utile (parce que j’en ai besoin pour le lendemain, parce que l’un des membres de la famille n’a plus rien dans ses placards, etc.) et je m’arrête à la fin de mes 45 minutes comme prévu initialement.

Un dernier exemple qui s’applique aux enfants. L’année dernière à Noël, Lise a été très déçue car elle n’avait pas eu tous les cadeaux de sa liste alors qu’elle avait eu pleins d’autres cadeaux qu’elle n’avait pas demandé (enfant gatée). Donc nous leur avons fait faire une liste restreinte et priorisé. Cette liste avait la forme d’une fleur avec un élément central qui devait être le cadeau dont ils avaient le plus envie, et 6 autres cadeaux sur les pétales. Ils ont découpé dans le catalogue tout ce qui leur faisait envie, et ensuite ils devaient restreindre leur liste pour arriver à remplir la fleur. J’ai été très surprise de voir que cela n’engendrait pas beaucoup de frustration  de gérer les priorités et de mettre de côté certains éléments au profit des autres.

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Construction itérative, incrémentale et adaptive

Quand j’étais toute jeune mère, j’ai eu un peu tendance à me dire qu’il fallait que toutes les mesures éducatives devaient être mises en place dès le début pour ne jamais être remise en cause. Mais je me suis rendue compte, qu’il est plus facile et moins frustrant d’avancer petit pas par petit pas plutôt que de ne se considérer satisfaite qu’une fois que tout serait réussi. Il vaut mieux pleins de petites réussites successives qu’un grand accomplissement final sans cesse repoussé.

Un exemple : les repas équilibrés. Quand les bébés commencent la diversification, on a l’impression qu’on y arrivera parce que nos enfants ne sont pas trop difficiles et mangent beaucoup de légumes. Et puis arrive l’âge de deux ans où tout est source d’opposition, y compris les repas. Ça a été une source de beaucoup de frustration pour moi, et j’avais tendance à me dire que si on échouait maintenant, plus jamais ils ne mangeraient équilibré. La suite est facile à imaginer avec du recul : pression exagérée, stress communiqué et échec complet. Résultat : des enfants qui ne mangent plus équilibré, et la perte du plaisir de manger. La solution a été d’y aller progressivement :

  1. montrer le bon exemple au niveau des menus, sécuriser la prise de poids par certaines valeurs sûres (pâtes, purées, etc.).
  2. inciter à goûter et féliciter quand cela se produit.
  3. obliger à goûter de tout.

Cela fonctionne, et c’est très gratifiant pour les adultes qui emportent de petites victoires, pour les enfants dont les efforts sont reconnus.

Un autre exemple : l’autonomie. Plutôt que de décider qu’à partir de maintenant ils doivent s’habiller et se préparer seuls. Commencer par imposer ce qui est plus facile : pantalons. Pour aller jusqu’au plus complexe : chaussettes, T-Shirts.

 

Il y a sûrement d’autres outils qui peuvent s’appliquer mais mes enfants sont encore trop jeunes pour mettre en place des tableaux de bords, par exemple.

 

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Mesure-moi! Se comparer aux autres…

Tout le monde dit qu’il faut élever nos enfants selon notre instinct, comme on le sent, comme on en a envie. Tout le monde dit qu’il ne faut pas comparer ses enfants aux autres. Mais est-ce que c’est possible ? Est-ce que la comparaison des uns envers les autres est forcément néfaste ?

Cette notion d’instinct m’a toujours dérangée. Je l’avais déjà expliqué dans un billet. L’instinct maternel est pour moi quelque chose d’assez obscur, même après trois enfants. Ne se fier à notre instinct c’est lui donner beaucoup de valeur, beaucoup de responsabilité. Et si mon instinct est défaillant est-ce que je serais destinée à être une mauvaise mère ? Mon instinct me disait que mes enfants devaient manger équilibrer à chaque instant et j’en suis arrivé à harceler mes enfants quand ils ont commencé à bouder la nourriture. Mon instinct me disait que les parents ne devaient jamais négocier avec leurs enfants mais la négociation me permet de contourner bon nombre de conflits. Et puis mon instinct est bien silencieux face à bon nombre de questions : comment régler les problèmes de nourritures de mes enfants ? Comment régler les problèmes de sommeil de Lise ? Alors qu’est-ce que je devrais faire ? Rien ?

Le médecin qui soigne notre enfant est bien souvent notre référent pour tout ce qui est lié plus ou moins à la santé. Mais les médecins restent des êtres humains qui n’ont pas les réponses à tout. Mes parents ne sont pas une référence absolue pour moi. J’écoute ce qu’ils me disent mais d’un esprit critique car je n’éduque pas mes enfants comme eux nous ont éduqué. Il y a ensuite les parents de notre âge, frêres et soeurs, amis. Quand je me pose des questions sur l’évolution des mes enfants, sur la résolution des problèmes, je fais ce que beaucoup de parents font : je questionne, je compare. Comment je saurais si le comportement de mon enfant est « normal » si je ne sais pas ce qui se passe ailleurs chez des enfants d’un âge proche du mien.

C’est la comparaison qui m’a permis de voir que beaucoup d’enfants rencontrait à un moment où un autre des problèmes de nourriture et de voir qu’une des meilleures solutions pour écourter cette phase était de ne rien faire. C’est la comparaison qui m’a permis de relativiser des problèmes de sommeil, de caprices, de colères. C’est en comparant mes enfants les uns aux autres que je me suis rendue compte qu’ils sont tous très différents et qu’ils n’ont pas tous les mêmes capacités à faire face aux problèmes qu’ils rencontrent.

En matière d’enfant, on ne peut pas dire qu’il y ait des enfants meilleurs que les autres. La comparaison ne permet pas d’établir un classement (mon enfant serait nul parce qu’il sait marcher plus tard qu’un autre). La comparaison me permet de voir les points faibles et les points forts de chacun et d’aider mes enfants à progresser en fonction de leur besoin. La comparaison me permet d’adapter mon éducation à la personnalité de chacun de mes enfants. Sur certains aspects, je suis plus exigeante avec l’un que l’autre parce que je sais qu’il en a besoin dans un premier temps.

La comparaison aux autres me permet souvent de déculpabiliser. Si on se réfère uniquement aux médecins ou aux livres, on a vite un sentiment d’échec sur un sentiment ou un autre. En se comparant aux autres, on voit vite qu’on n’est pas seul dans notre situation, que les déviations par rapport à la « normale » sont courantes.

Je ne pense pas que j’arrêterais un jour de comparer mes enfants entre eux et aux autres.

Je pense donc je suis ! La philosophie à 5 ans…

Lise a 5 ans. Melody 3 ans et demi. Jack bientôt 2 ans. Quand on n’est pas parent, il y a des difficultés qu’on n’imagine pas dans le rôle de parent. D’un point de vue extérieur, ce sont des petites choses rigolotes, sources d’émerveillement, qu’on envierait presque. Mais souvent c’est la répétition qui rend les choses plus compliquées.

Tout parent de jeunes enfants sont passés par là. La phase du « Pourquoi ? » Au début c’est simple les questions sont de l’ordre :

  1. Scientifiques
    • Pourquoi il pleut ?
    • Pourquoi les nuages bougent ?
    • Pourquoi les roues tournent ?
  2. Morales
    • Pourquoi on ne part pas sans payer ?
    • Pourquoi on ne tape pas les chats ?
    • Pourquoi il ne faut pas déranger les autres ?

Les pourquoi peuvent aussi être une remise en cause des règles dictées :

  • Va te laver les mains ! → Pourquoi ?
  • Calme toi !  → Pourquoi ?
  • Mange !  → Pourquoi ?

On ne s’imagine pas comment la phase des pourquois peu vite devenir pénible quand on a deux enfants qui en posent toute la journée et que l’on doit TOUT justifier : Pourquoi il faut dormir ? Pourquoi tu bailles ? Pourquoi tu veux qu’on aille se promener ? … Une question entraîne une autre, c’est interminable. Et puis on entre ensuite dans la phase des comment avec l’incontournable de « Comment on fait les bébés ? » Je croyais que ça s’arrêtait à peu près là et que les questions existentielles arriveraient plus tard. Finalement non. Lise me scotche régulièrement avec des questions fondamentales :

  • Que serait-on si on n’avait pas de cerveaux ?
  • Comment se forment les pensées ?
  • Que devient-on quand on est mort ?
  • Quand on adopte un enfant, comment devient-on ses parents ?
  • Comment sait-on qu’il y a vraiment quelque chose qui existe ?

Et là, j’avoue qu’il y en a pour lesquelles je me sens complètement bête. D’un côté je trouve ça super qu’elle se pose ce genre de question, j’aimerais qu’elle garde toute sa vie ce regard intéressé sur le monde. D’un autre, quand je suis en train de préparer à manger, ou changer la couche de son petit frère qui a décidé de le faire lui-même, j’aimerais bien ne pas être interpellée sur des questions qui me dépassent . Images : Micky Aldrige

Ne crie pas ! Histoire d’un blog…

Le nom de ce blog porte un de mes grands espoirs de mère. Ne crie pas !

Ce n’est pas à mes enfants que cet espoir s’adresse mais à moi-même. Les jours où je ne crie pas sur mes enfants sont rares. Trop rares. J’aimerais pouvoir dire l’inverse deux ans après, mais je ne suis pas sûre que les choses aient beaucoup changé. J’ai été élevé dans une famille où le verbe est haut, la langue bien pendue et le conflit un sport familial. La négociation n’a pas lieu d’être avec des enfants, ni avec les adultes d’ailleurs…

Voilà un trait que je voudrais ne pas être héréditaire mais il est difficile de sortir des ornières creusées depuis tant d’années. En terme d’éducation, j’ai déjà pris de la distance avec la façon dont j’ai été élevé. Mais arrêter de crier est la tâche la plus difficile que j’aimerais accomplir. J’ai essayé à plusieurs reprises mais j’ai toujours une bonne excuse pour déroger à la règle : la fatigue, un excès de bêtises, la colère, l’accumulation, le stress, le regard des autres etc… En écrivant tout ça, j’ai l’impression d’être addict. Y a t’il un club des crieurs anonymes ? Je devrais m’y inscrire de suite.

En attendant, j’aimerais vraiment arrêter de crier. J’ai plusieurs jokers dans ma poche :

  1. Le silence : Je regarde avec insistance l’enfant récalcitrant, droit dans les yeux et je me tais… Ça marche parfois, et parfois ça ne marche pas.
  2. L’excès de parole : cette technique ressemble beaucoup à la première sauf qu’au lieu de me taire, je le saoule de parole sur les règles à respecter, pourquoi il y a cet règle, pourquoi il ne faut pas recommencer… Ça marche parfois, et parfois ça ne marche pas.
  3. 1, 2, 3 … mais qu’y a t’il après le 3 ? Souvent une punition. Parfois les enfants s’arrêtent d’eux même mais jamais avant le 3… Ils ne sont pas fous, je leur donne la permission d’aller jusqu’à 3.
  4. La punition : Avec les plus grands, j’ai laissé le décompte jusqu’à 3. En général, ça ne sert qu’à me faire fulminer jusqu’à 3. Donc il n’y a plus qu’une demande pour arrêter les bêtises puis la punition tombe s’il y a une deuxième fois. La punition est soit la confiscation de l’objet de la bêtise, soit la mise à l’écart. Mais bon, comment fait-on quand l’enfant n’est pas décidé à être mis à l’écart ? Est-ce que c’est moi qui n’est pas compris quelque chose ou est-ce que mes enfants sont particulièrement revêches  ?
  5. L’évitement : Il arrive que je vois les bêtises venir. Comme dans ces moments où ils commencent à courir dans la maison, où à se sauter les uns sur les autres. Dans ce cas, j’essaye d’anticiper : détourner l’attention vers une autre occupation, diviser les troupes, encadrer le jeu.

Et malgré tout, je cries encore trop souvent parce que j’ai tendance à ne voir que le verre à moitié vide. Je me laisse déborder par mes émotions et mes propres envies (envies de calme, envie de faire quelque chose qui me tient à coeur). Parfois même, après coup, j’ai l’impression d’être entré dans le conflit uniquement pour… être en conflit. Pourquoi ce que j’applique quotidiennement au travail, je ne suis pas capable de l’appliquer chez moi ?

Allez, c’est mon défi d’ici la fin de l’année… Aujourd’hui c’est décidé, j’arrête de crier !

19 mois ! Le bilan au bout de 2 ans

Comme je l’ai déjà expliqué à des multiples reprises (19 mois !19 mois ! bis, 19 mois ! Est-ce plus difficile d’avoir des enfants d’âge rapprochés) il y a 19 mois d’écart entre Lise et Melody, entre Melody et Jack. Au début, cet écart étonnait ou suscitait de l’incompréhension autour de nous. Aujourd’hui, plus personne, ou presque, ne nous fait de remarques sur le sujet. Jack a bientôt 2 ans, Lise 5 ans et Melody 3 ans et demi. Il n’est plus évident au premier coup d’oeil d’évaluer leur différence d’âge. Au pire, on me demande si ce sont les 3 miens…

Deux ans après, je n’ai aucun regret sur cet écart d’âge. Si je reprends les thématiques de la dernière fois, voici mon bilan.

La fatigue

La fatigue est bien présente. Les nuits où on ne se lève pas au moins une fois sont rares. Premièrement, Jack est celui qui a le plus tardé à faire ses nuits. Il a commencé à les faire un peu avant ses un an. Mais il a continué à nous réveiller la nuit, une à deux fois par semaine jusqu’à ses 18-20 mois. Son opération n’a pas aidé dans ce sens. Maintenant il est très très rare qu’il nous réveille la nuit. Par contre le matin, il n’est pas question pour lui de faire la grasse matinée. Je ne sais pas à quelle heure il se réveille vraiment parce que j’ai l’impression qu’il reste dans son lit sans faire un bruit. Mais cela doit être assez tôt parce qu’à partir de 6h du matin, au moindre bruit il nous appelle. Il lui est arrivé de dormir quelques fois jusqu’à 9h parce que rien ne lui avait fait penser qu’on était déjà levé, mais sinon, un chat qui miaule, un objet qui tombe dans la chambre de ses soeurs et hop il est debout. Les nuits où on dort sans se lever une seule fois sont rares également. Mais ce sont ses soeurs qui nous réveillent. Souvent Lise, elle est la spécialiste des cauchemars, plusieurs fois par semaine. Donc on doit se lever, la rassurer et c’est bon. Parfois Melody, elle bouge beaucoup la nuit et régulièrement elle ne sait plus retrouver son oreiller ou tombe par terre.

La fatigue est bien présente mais Jack et Lise étant les principaux responsables cela nous arriverait tout autant avec des enfants de plus de 3 ans d’écart.

Les couches

A la naissance de Jack, Lise était propre de jours comme de nuit. Nous avons donc eu les couches de deux enfants à changer en même temps. Melody a été propre de jour comme de nuit vers deux ans et demi (donc il y a un an). Je ne me souviens pas de cette période comme d’une corvée. Changer les couches de un ou deux enfants je ne vois pas trop la différence.

Le budget

Notre budget est celui d’une famille de trois enfants. Nous étions déjà équipé pour deux enfants rapprochés. Nous devions de toute façon acheter un autre siège auto pour Lise, donc Jack a récupéré son ancien. La marche porte parfois deux enfants mais c’est rare. Nous avons une garde à domicile. C’est peut être le seule poste de notre budget qui aurait peut être été amoindri si les enfants avaient plus d’écart, mais je n’ai pas fait le calcul. Est-ce qu’une garde à domicile qui récupère Lise à l’école le midi et le soir m’aurait couté moins cher qu’une assistante maternelle pour le dernier et la garderie du matin, du soir et la cantine pour les ainées ? Je n’en suis pas persuadée.

L’éducation

Parfois je n’ai l’impression de faire que ça. Apprendre, Répéter, Gronder, Séparer… Mais je crois qu’avec 1 enfant ou 3 c’est pareil et peut importe l’écart. Quand il n’y avait que Lise et Melody chaque sortie était une expédition et je ne serais jamais sortie pour autre chose qu’aller au parc pour elles. Avec les trois et depuis que nous sommes en banlieue plus éloignée c’est différent. Quand je suis seule avec eux nous sortons quasiment tous les jours pour aller au parc, à la ludothèque, au marché, à la boulangerie, faire une course, chez le médecin, se promener en forêt. C’est sportif, surtout les préparer en hiver, les mettre dans la voiture. Mais quand je suis seule avec eux, en général, ils écoutent mieux. Ils adaptent leur comportement. La plupart du temps ce sont des moments agréables.

La jalousie

La jalousie on en a. Jack est très possessif et, même si ça s’améliore avec le temps, il ressent souvent le besoin qu’on s’occupe de lui juste au moment où on doit absolument s’occuper de ses soeurs. Lise est jalouse, surtout de sa soeur. Elle nous dit souvent qu’on s’occupe plus de sa soeur et son frère que d’elle. Mais j’ai l’impression qu’elle commence à trouver normal qu’on fasse plus attentions aux plus jeunes. Elle sait aussi qu’elle bénéficie plus souvent que les autres de moments rien qu’avec nous. Melody n’est pas vraiment jalouse de l’un ou de l’autre. Mais parfois, on comprend clairement qu’elle a besoin qu’on s’occupe d’elle. Mais tout ça se gère de plus en plus facilement.

La complicité

Il n’y a sans aucun doute beaucoup de complicités entre eux. Où qu’ils soient, chez nous, au parc, à la ludothèque, chez les cousins et cousines, ils sont toujours à moins de 2 mètres les uns des autres. S’ils ne jouent pas ensemble, ils jouent à côté. Ils s’entraident et s’entraînent. Ils s’opposent et s’affirment les uns par rapport aux autres. Ils négocient entre eux. Ce sont des vrais experts en négociation. Quand Lise était petite et qu’elle jouait avec sa cousine de 2-3 ans son ainée, c’était souvent la grande qui respectait les règles du jeu fixées par la petite car la grande était plus raisonnable. A la maison le rapport de force dans les négociations est plus équilibré.

Melody va rejoindre sa grande soeur en maternelle cette année. Cela devrait également nous donner une idée du lien qui les unit. Aujourd’hui, elles nous disent qu’elles joueront à toutes les récréations ensemble, je ne pense pas que ce sera le cas (et heureusement). Mais est-ce qu’elles feront preuve de solidarité également en dehors de la maison ?

La vie de couple

Nous n’avons pas beaucoup de moments à deux. Mais nous n’en aurions pas beaucoup plus avec des enfants plus espacés. J’ai des amis qui ont deux enfants avec plus d’écarts. Et depuis la naissance de leur ainée, ils ne se sont jamais retrouvés à deux. La raison : ils n’ont personne à qui confier leurs enfants. Ils ont bien de la famille, mais personne qui n’accepte de prendre leurs deux enfants en même temps. Nous avons la chance de pouvoir confier nos trois enfants en même temps à des membres de notre famille. Nous savons qu’on s’occupera bien d’eux et qu’ils seront contents. Par conséquent, c’est plus l’entourage qui nous permet de passer du temps ensemble. Que nous ayons 1 ou 3 enfants avec 1 ou 3 ans d’écart n’aurait pas changé grand chose.

Pour le moment, je ne regrette pas cet écart entre mes enfants (ni le fait d’en avoir 3). Peut être que l’adolescence sera plus compliquée. Ils feront peut être leur crise en même temps. Aujourd’hui, il y a une certaine régulation entre eux. Ils ont tous leurs moments difficiles mais comme l’a déjà remarqué notre ainée, à un moment donné, quand l’un est très difficile à géré, les deux autres sont sages…

Seront-ils aussi compréhensifs avec nous en grandissant ?
Images : John Kay

Egalité ! Etre une fille ou un garçon…

Ma mère m’a toujours dit que je devrais me battre pour être l’égale des hommes, obtenir les mêmes droits, les mêmes salaires, n surtout jamais m’arrêter de travailler, être indépendante financièrement, etc. J’ai aujourd’hui un regard critique sur le discours que j’ai entendu mais je reconnais que ça a du avoir de l’influence sur le métier que j’ai choisi, et sur ce que je veux pour mes enfants plus tard.

Depuis que Lise est née, il y a chez nous toute sorte de jouets : voitures, poupées, puzzle, playmobils, cuisinières et dinettes, lego, trains, balles, poussettes, etc. Nous n’avons jamais tenu un discours disant que telle chose était pour les filles ou telle autre pour les garçons. Malgré tout, c’est l’école qui a mis de la zizanie là dedans. Le bleu est devenu une couleur de garçon, le rose une couleur pour les filles. Elle s’est mise à aimer les paillettes et les princesses. Malgré tout, à force de lui dire qu’elle n’était pas obligé de se plier à se genre de convention, elle continue à jouer aux voitures, elle aime les dragons tout en se racontant des histoires de princesses.

En tant que parent, il faut partir du constat que la société actuelle incite les filles et les garçons à se comporter d’une certaine manière. J’estime que c’est notre rôle (à leur père et à moi) d’ouvrir les yeux à nos enfants (filles ou garçon) sur ces conventions et de leur rappeler qu’ils ont le droit de ne pas s’y plier. Cependant, j’aimerais parfois que la société nous aide un peu à ne pas conditionner nos enfants depuis leur plus jeune âge.

Il n’y a pas longtemps je suis tombée sur ce rayon à la Fnac près de chez moi :
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Premier constat choquant, on a donc des livres spécial p’tit garçon, et spécial p’tite fille, bien séparés dans les rayons.

Si on regarde de près les livres pour « filles » :

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Les petites filles ont le droit de « jouer » :

  • Lisa à la maîtresse,
  • Lola joue à la dinette,
  •  Lilou joue à la poupée,
  • Clara joue à la danseuse,
  • Jade joue à la coiffeuse,
  • etc.

Si on regarde côté « garçon » :

2013-01-24 13.29.44 Les petits garçons ne « jouent » pas, ils possèdent :

  • Le train de Bastien,
  • Le bus de Marius,
  • Le taxi de Rémi,
  • L’ambulance de Maxence,
  • L’avion de Gaston,
  • etc.

Certains diront que c’est un détail, que ça répond à une demande et que commercialement ça doit se justifier. Nous avons deux livres « filles » de cette collection. Si on ignore ce problème de sexisme, ils sont très bien fait, les enfants aiment beaucoup les illustrations en pâte à modeler et répondre aux questions à la fin pour montrer qu’ils ont bien écouté l’histoire. Mais j’ai décidé d’éviter désormais cette collection de livre parce que je crois qu’ils ne se vendraient pas moins bien si Lison avait un camion et si Gaston jouait à la poupée.

Et vous avez vous rencontrés des exemples aussi flagrants ?

 

Ecoute-moi ! Observer les jeux de ses enfants…

Pour les Vendredis Intellos, j’ai partagé un article à propos d’un extrait du livre Le bébé philosophe de A. Gopnik.

Cet article m’a fait beaucoup réfléchir sur moi et mon « imagination débordante » très développée de mon enfance à mon adolescence. Mais cela pourrait faire l’objet d’un billet à part entière. Il m’a également fait réfléchir si l’imagination de mes propres enfants.

Depuis l’âge d’un an, mes deux filles ont commencé à extérioriser leur imagination. Elles jouent à longueur de journée avec toutes sortes de personnages (Playmobils, Little People, Bébés, Peluches, Doudous, etc.). Je me souviens de la première fois où on a vu Lise mimer des choses avec un playmobils. Elle avait un an et demi et le playmobil montait et descendait les escaliers… Elle a également commencé à jouer avec son bébé plutôt, mais les gestes n’étaient pas assez précis. Melody a joué au playmobil et au bébé bien plutôt vers un an, et la précision de ses gestes nous a de suite étonné (son bébé ne s’est jamais retrouvé trimballé par un pied la tête en bas).

J’aime beaucoup m’arrêter et les écouter. Peut-être parce que quand j’étais enfant, mon « imagination débordante » était raillée par mes frêres. Mais quand j’écoute mes filles raconter leurs histoires c’est avec beaucoup de tendresse et beaucoup d’attention. Ces histoires ne sont absolument pas sans queue ni tête comme mes frères avaient tendance à le penser pour moi.

J’avais déjà remarqué que les sujets débattus entre Playmobils n’étaient pas pris au hasard. Jusqu’à présent, je pensais que ces petits personnages leur permettait de revivre des scènes du quotidien pour bien les assimiler. C’est comme ça que lorsque Melody était toute petite, les playmobils ont été très violents entre eux et se faisaient souvent punir (Lise avait quand à elle des gestes malheureux envers sa petite soeur). Depuis septembre, les peluches vont souvent à l’école ou chez le docteur. Je pensais qu’elles ne faisait que reproduire la réalité sans cesse.

Mais suite à ma lecture de ce cours extrait sur la causalité et les contrefactuels, j’ai repensé à toutes mes longues observations des histoires qu’elles racontent. Je suis persuadée maintenant qu’elles ne font pas que revivre la réalité. Elles la modifient sans cesse pour observer, intégrer ce que chacune de ces modifications peut impliquer. Quand elles nous demandent d’intervenir et de jouer avec elles, c’est souvent pour éclaircir un point.

Je me souviens quand Lise voulait sans cesse qu’on joue à la maîtresse. Je faisais la maîtresse, les peluches faisaient les élèves et elle faisait le « parent ». Nous étions avec elle en plein apprentissage de la politesse, nous lui demandions de dire bonjour à la maîtresse en arrivant et au revoir en repartant. Elle a eu besoin de cette longue phase d’exploration des possibilités avec nous, dans des rôles inversés pour comprendre et assimiler ce qu’on lui demandait. Ce qui se passait entre le moment où elle déposait ses peluches à « l’école » et celui où elle les récupérait, cela ne l’intéressait pas. Elles se focalisait sur ce qu’on lui demandait nous à l’arrivée et au départ départ à l’école. Maintenant qu’elle a fait le tour de tout cela, elle ne nous sollicite plus sur ce sujet.

C’est pour cela aussi que j’aime écouter leurs histoires. Non seulement je suis bluffée par le détail, la précision et la pertinence de ce qui s’y passe, mais cela me permet aussi de comprendre leurs préoccupations et de pouvoir aborder avec eux des discussions autour d’elles. Mais en général, je n’interviens pas dans ses histoires sans qu’elles me le demandent, parce que quand je le fais, j’ai l’impression de les déranger comme si j’avais surpris des conversations qu’elles n’avaient pas forcément envie qu’on entende.

Cela me confirme également qu’il faut savoir trouver un peu de temps pour chacun de ses enfants. Parce que quand elles se racontent des histoires à deux, les thèmes abordés sont moins parlant et traitent souvent des préoccupations d’une seule d’elle. Il faut donc savoir observer ses enfants indépendamment les uns des autres pour connaître les pensées de chacun.

Ecouter les histoires de ses enfants est aussi à double tranchant, on y voit aussi ce qu’on n’aimerait pas savoir et voir. Je parle notamment de notre propre attitude et notre propre comportement. Les enfants sont très doués pour la caricature. Comment s’appelle mon blog déjà ? Je devrais me le répéter en boucle…

Et vous, aimez-vous observer les jeux de vos enfants ? Y apprenez vous des choses ?
Images : Anthony Sigalas