Travailler ou ne pas travailler ! Mon équilibre instable…

Portrait de Famille

Avant d’avoir des enfants, mon choix a toujours été clair. Jamais je n’arrêterais de travailler. J’ai été formaté dans ce sens par ma mère qui regrette encore aujourd’hui (de manière plus ou moins rationnelle) son choix de s’être arrêté de travailler. Depuis que je suis petite, elle m’a rabâché qu’il ne fallait jamais s’arrêter sinon on était dépendante à vie de son mari (il est si terrible que ça mon père ?) et que s’il lui arrivait quelque chose elle se retrouverait sans rien, qu’une femme devait bosser deux fois plus qu’un homme pour avoir la même chose, etc.

Puis Lise est arrivée, et je n’ai pas changé d’avis. Le congé maternité a été beaucoup de stress pour moi, beaucoup d’ennui. Je ne sortais pas beaucoup de la maison, je ne voyais personne, je ne mangeais pas beaucoup non plus pendant les repas, préférant le grignotage (quel intérêt de se faire à manger juste pour une personne). Je suis repartie au travail après le congé maternité (sachant que j’ai bénéficié des 3 semaines de report du congé prénatal en congé postnatal).

Puis Melody est arrivée, j’ai gardé Lise pendant le congé maternité. Garder les deux étaient très stressant. Lise (19 mois) commençait sa phase où elle ne mangeait pas grand chose, les repas était un stress, et elle éprouvait beaucoup de jalousie envers Melody donc je n’avais pas beaucoup de répit. Encore une fois, je suis repartie au travail après le congé maternité (toujours avec mes 3 semaines de report et 3 semaines de congés payés en plus). Ma belle-mère gardant les enfants, Je suis retournée travailler au 4/5ème pour qu’elle puisse avoir des week-ends de 3 jours. Je n’aurais pas eu envie de m’arrêter plus longtemps.

Puis Jack est arrivée, Lise étant rentré à l’école, nous avions une auxiliaire parentale pour les deux filles. J’ai donc eu un congé maternité de 6 mois très tranquille puisque j’étais en congé maternité et mes filles étaient gardées, chez moi, mais gardées 4 jours dans la semaine. D’un côté, je ne sais pas comment on aurait fait autrement étant donné tous les rendez-vous à l’hôpital où Jack a dû aller à cause de la toxoplasmose et toutes les visites chez le médecin pour les soucis de début d’hiver pour les trois (pendant 2 mois, le médecin des enfants nous a vu 2 fois par semaine, pour l’un ou pour l’autre).

A la reprise, je suis à nouveau reparti en 4/5ème. Tous les mercredis, j’étais seule avec les 3 et j’avais un peu l’impression d’être débordée, de ne pas m’en sortir. Puis nous avons déménagé, nous sommes passé d’un appartement à une maison avec jardin, d’une très grosse ville à une ville de taille moyenne, et j’ai apprécié mes mercredis. Je ne me voyais pas repartir à temps plein.

Et puis, une nouvelle surprise a bouleversé ce rythme qui nous allait si bien : notre auxiliaire parentale est tombé enceinte, elle partait en congé maternité pour 3 mois et demi (avec en prime un arrêt maladie un mois avant). Nous avons pensé à la remplacer, mais le surcoût nous a fait envisagé que je m’arrête pendant ce temps et c’est ce que nous avons décidé de faire. Je me retrouve donc actuellement en congé parental. J’appréhendais cette période avec beaucoup d’angoisse, avec la peur de ne pas y arriver, de ne pas savoir apprécier cette pause qui est en fait une vrai opportunité.

Finalement, j’ai des regrets. Non pas de m’être arrêtée mais de m’être engagée à retourner au travail après ce petit intermède. J’avais déjà beaucoup d’interrogation sur le sujet, mais elles ne font que se confirmer. Comment en est-on arrivé à une société qui considère que l’idéal pour nos enfants est d’être gardé à l’extérieur du foyer pendant que leurs parents travaillent ? Je ne remets pas en cause le fait que les parents qui le souhaitent puissent travailler et faire garder leurs enfants. Ce que je me demande c’est si c’est vraiment le bon modèle, si c’est vraiment le modèle qui doit être promu et facilité ? Chacun doit pouvoir faire ce qu’il veut. Mais on voit clairement que ce qui est valorisé en France c’est d’avoir des parents qui travaillent et des enfants qui sont gardés, en priorité en crèche.

Je constate avec mes enfants que leur vie est moins stressante, ils sont plus posés. Il y a moins de caprices et je sais beaucoup mieux les gérer parce que je les connais mieux. Je peux faire beaucoup plus de choses. Je vis dans une maison plus propre, mieux rangée, mieux aménagée. Le papa aussi a l’esprit plus tranquille. Le constat serait le même si c’était lui qui s’était arrêté.

J’ai l’impression de profiter de la vie, d’avoir plus de temps, de moins courir. Souvent, je prends conscience de ce que je n’aurais pas vu, pas entendu si j’étais au travail. J’ai l’impression d’avoir plus de temps où je peux profiter d’un de mes enfants en particulier mais aussi de les observer dans leur complicité, leurs interactions.

On a beau avoir de super nounous, je me demande si la plupart des enfants ne seraient pas mieux gardés par un de leur parent. Malgré ma conviction, et à moins d’un ultime rebondissement, je vais retourner au travail. Je ne culpabiliserai pourtant pas, mais je sais désormais que j’aurais très bien pu faire un choix différent bénéfique pour tous : m’arrêter jusqu’à ce que Jack entre à l’école. Les conditions financières ne l’auraient pas permises (justement parce qu’on vit dans une société qui dans mon cas me pousse à aller travailler) mais nous aurions tous apprécié la situation.

Images : By Eric Ward [CC-BY-SA-2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], via Wikimedia Commons

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