Mange ! (épisode 3)

Pendant les vacances de Noël, Lise nous a fait la guerre pour manger. Elle ne mangeait plus que sur nos genoux, quelques pâtes en vitesse et puis c’est tout. Forcément, ces fêtes traditionnellement familiales n’aident pas du tout à établir des règles strictes, bien au contraire, on a plutôt tendance à céder sur tout pour ne pas être dans le conflit permanent. Mais c’est une très mauvaise solution.

Nous sommes donc revenus à la maison et nous nous sommes dit que ça ne pouvait pas continuer comme ça. Par ailleurs, j’ai lu différents articles sur l’anorexie chez les jeunes enfants. Ces articles (par exemple : exemple 1, exemple 2, mais pleins d’autres articles de vulgarisation existent sur internet) qui n’ont sûrement pas une grande valeur médicale mais qui ont eu un effet déclencheur pour moi et une prise de conscience. Certains éléments de cet article m’ont fait prendre conscience :

  • Que tout avait été aggravé par une angine et une otite quand Lise avait 1 an et demi (qui coincidait également avec la fin de ma seconde grossesse),
  • Que toute petite, je n’ai jamais « écouté » ce qu’elle pouvait exprimer au niveau alimentaire (j’ai toujours insisté pour qu’elle mange quand elle ne voulait pas, je stressais dès qu’elle ne finissait pas ses assiettes),
  • Chaque refus était géré en premier lieu par le conflit,
  • Que je ressentais ce refus comme une véritable remise en cause personnelle : je n’étais pas capable de nourrir ma fille.

Même si ma fille n’en était pas à un état pathologique, j’avais mis en place ce terrain « défavorable ». J’étais donc bien responsable de tout ça, mais la première étape était bien de me déculpabiliser : mes erreurs sont des erreurs courantes de jeune maman. Et il était temps de changer d’approche.
Nous avons décidé qu’il fallait que Lise prenne conscience qu’elle mange pour elle, et de nous (me) détacher de son assiette. Nous avons été aidé par une bonne grippe et gastro de retour de vacances. La visite chez le médecin nous a montré une belle perte de poids, il fallait qu’elle mange, mais le conflit ne l’ayant jamais aidé à manger, il était temps d’avoir une approche complètement différente.

Les nouvelles règles sont donc les suivantes :

  • Nous préparons à manger, un repas identique pour tout le monde,
  • Nous essayons toujours d’avoir à chaque repas au moins un aliment vedette pour Lise (et il n’y en a pas beaucoup une fois sortis du trio infernal : pâtes, pomme de terre, jambon),
  • Nous essayons d’avoir à chaque repas au moins un légume.
  • Nous passons à table tous ensemble (y compris Melody),
  • Pas de jouets à table (cette règle a tendance à être transgresser),
  • Chacun mange à sa place,
  • Chacun mange ce qu’il a envie (parmi ce qui a été préparé) dans les quantités qui lui font envie,
  • Nous insistons pour qu’elle goute (mais de manière positive : gouter n’est pas une obligation, mais en goutant, on peut avoir de bonnes surprises),
  • Aucune remarque incisive sur la quantité de nourriture ingurgitée (j’ai encore du mal, mais je fais un effort),
  • Le soir, nous avons remis un biberon (qui est notre garantie « Bonne conscience »),
  • Par contre, une règle assez simple et clairement rappelée régulièrement : si on n’a pas faim pour le plat principal (surtout quand c’est quelque chose d’apprécié en temps normal), on n’a pas faim pour un deuxième yaourt ou pour un bonbon.

Les repas sont devenus moins stressants. Lise a repris du poids malgré une deuxième grippe. Elle ne mange pas plus varié qu’avant. Cependant, il lui arrive bien souvent de goûter. Mais c’est toujours frustrant de l’entendre dire « Mmmm c’est délicieux » suivi d’en « Je n’en veux pas ». Petit à petit, nous essayons donc de faire passer le message : « Pourquoi te prives-tu de quelque chose de délicieux ? ». Parfois ça marche, mais bien souvent, c’est sans résultat.

J’ai bien conscience que notre rééducation mutuelle va prendre beaucoup de temps. Cela fait un an et demi que nous avons pris de mauvaises habitudes, je m’attends un peu à ce qu’il faille autant de temps pour les oublier. C’est pour ça, qu’on ne peut pas dire à ce jour que Lise mange normalement, et je ne peux pas dire non plus que je ne m’énerve jamais quand l’assiette reste désespérément pleine.

Image : Starbooze  (Sarah C)

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