Cachez ce sein que je ne saurais voir !

J’ai allaité mes deux filles. Cela n’a pas été des allaitements longs, mais on peut dire que je suis pro-allaitement. Je suis persuadée des bienfaits de l’allaitement pour les enfants. Mais enfants ont été allaités jusqu’à 6-8 mois, et j’ai arrêté en partie à cause du travail mais aussi par rapport à moi.

J’ai adoré allaiter mes enfants, cet échange qui se créée entre la maman et l’enfant et le sentiment que je pouvais à moi seule subvenir à l’essentiel des besoins de mon enfant pendant ses premiers mois. Cependant, quand mes enfants se sont ouverts au monde et ont commencé à être très curieux de ce qui les entourent même pendant qu’ils mangent, j’ai préféré passer aux biberons.

Entendre parler d’allaitement long, de co-allaitement, etc. en France ne me choque pas même si personnellement ce ne serait pas envisageable. Cela reste des choix personnels dans une société qui a aussi les moyens de faire grandir des enfants en bonne santé en mangeant autre chose que le lait maternel.

Entendre parler d’allaitements qui me paraissent extraordinaire vu de mon regard français comme cette expérience d’allaitement en Mongolie me fascinent et me confirment que l’allaitement est devenu une notion culturelle qui varie beaucoup d’un pays à un autre. Et comme toute notion culturelle, pour s’intégrer dans une société, il faut bien souvent en adopter certains codes et principes.

L’allaitement quoi qu’il arrive reste un acte naturel. Personne ne devrait se justifier d’allaiter (ou de ne pas allaiter). L’allaitement en public fait beaucoup débat. Il y a les gens que ça choque un peu de voir une maman allaiter son bébé mais il y a aussi les mamans qui semblent aimer choquer les gens en allaitant en public avec un excès d’impudeur, dans n’importe quel lieu. J’ai vu à plusieurs reprises des mamans déballer leur matos avec un regard de défi aux environs en dévoilant, aux regards de tous, leur anatomie. Et je trouve que ce genre de comportement, comme celui qui consiste à fustiger l’allaitement au biberon, est comme tout comportement extrème : nuisible à la cause que ces dames défendent.

Nous vivons dans une société où le corps de la femme n’est pas un tabou, mais où les seins d’une femme font partie de leur intimité. Pendant la grossesse et l’accouchement, je me suis sentie un peu dépossédée de mon corps par les différentes actes et manipulations médicaux que j’ai subi à répétition. Nous sommes forcées à l’impudeur en montrant à des inconnus nos parties les plus intimes. Pour me sentir femme et non uniquement mère, j’avais besoin de retrouver mon intimité. Cela ne m’a pas empêché d’allaiter en public mais toujours dans le respect de mon intimité (en mettant des vêtements adéquats), de la tranquillité de mon enfant (dans les lieux bondés et bruyants, j’utilisais un lange pour recouvrir un peu sa tête et mon épaule afin de recréer un peu de cette fameuse intimité entre nous deux), et dans le respect des gens qui m’entouraient (je n’ai par exemple jamais allaité devant nos divers amis qui n’ont pas d’enfant et n’ont jamais été confronté à une maman allaitante). Je n’ai pas trouvé cela très compliqué ou contraignant, mais au contraire naturel par rapport à la société dans laquelle nous vivons.

Les comportements extrêmes provoquent toujours leur opposé comme cette interdiction en Angleterre d’allaiter son enfant dans une piscine et malgré le fait qu’ils soient extrêmement minoritaires ce sont malheureusement toujours les plus visibles surtout sur le microcosme d’Internet et des forums.

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Grandis bien !

Doctors stethoscope 1Je ne sais pas si c’est mon côté scientifique, ou si c’est la méthode de prise en charge des grossesses et du suivi des enfants qui fait ça, mais j’ai vécu ma première grossesse et les deux premières années de Lise d’une manière très « médicale et médicalisée ».

L’aspect émotionnel et affectif était bien présent. Je me souviens que je ne pouvais pas m’empêcher de sourire quand j’ai appris que j’étais enceinte et pendant plusieurs jours après. J’ai adoré la sentir bouger, et ce sentiment d’avoir un petit bébé qui grandissait grâce à moi. Je me souviens avec beaucoup d’émotion de ses premières minutes, de ses premières heures et de toutes ses premières fois.

Mais je me souviens également de tous ces rendez-vous médicaux pendant la grossesse, de tous ses examens et prises de sang. Tous les mois, le même rituel. Et la peur qu’à chaque fois quelque chose n’aille pas. Pourtant, une grossesse c’est assez naturel si on y pense ? Et j’ai eu vraiment une grossesse sans soucis.

Les deux premières années de Lise étaient pareil. Tous les mois, nous allions à la visite chez le pédiatre qui était toujours accompagnée de la sanction sur ses mensurations (taille, poids, périmètre crânien). Elle n’aurait pas un peu moins grandi ? Elle ne devrait pas grossir un peu plus ? Est-ce normal qu’elle ne fasse pas ses rots après le biberon ?
Je me souviens qu’on suivait à la lettre les recommandations du pédiatre. On n’apportait aucun changement sans avoir demandé au pédiatre si on pouvait faire ceci ou cela (sur des questions aussi diverses et variées que la nourriture, les soins, le nombre d’épaisseurs de vêtements, etc.).

Pour un deuxième enfant c’est différent, on prend tout de suite plus de libertés et l’expérience de la première aidant on apprend peu à peu à se faire confiance et à écouter, observer son enfant. Melody dort sur le ventre ou sur le côté ? Au diable, les recommandations pour les faire dormir sur le dos, je ne vais quand même pas aller la retourner toutes les demi-heure alors qu’elle est mieux comme ça pour dormir. Melody veut manger du pain, mais n’a pas de dents ? Laissons-la se débrouiller sous notre surveillance pour voir si elle s’en sort avec des morceaux. Melody veut manger une frite ? Ce n’est pas une frite de temps en temps qui la rendra obèse, il vaut mieux entretenir sa curiosité gustative.
Je pourrais citer des milliers d’exemple comme ça.

Et c’est là où je me rends compte qu’on ne devrait pas rejeter d’un bloc les conseils de nos aînés. Ce n’est pas parce qu’ils faisaient certaines choses avant qu’on juge maintenant dangereux pour la santé, qu’ils n’ont pas des conseils avisés, liés à leur propre expérience sur d’autres sujets. Les conseils généraux, médicaux et basés sur des statistiques c’est bien pour donner de grandes lignes, mais c’est également remis en cause de manière très cyclique. De plus, chaque enfant est unique et il ne faut surtout pas oublier de s’adapter et de suivre notre instinct qui n’a pas l’air d’avoir trop mal réussi à l’espèce humaine ces derniers millénaires.

Photo : Stethoscope

Mange ! (épisode 3)

Pendant les vacances de Noël, Lise nous a fait la guerre pour manger. Elle ne mangeait plus que sur nos genoux, quelques pâtes en vitesse et puis c’est tout. Forcément, ces fêtes traditionnellement familiales n’aident pas du tout à établir des règles strictes, bien au contraire, on a plutôt tendance à céder sur tout pour ne pas être dans le conflit permanent. Mais c’est une très mauvaise solution.

Nous sommes donc revenus à la maison et nous nous sommes dit que ça ne pouvait pas continuer comme ça. Par ailleurs, j’ai lu différents articles sur l’anorexie chez les jeunes enfants. Ces articles (par exemple : exemple 1, exemple 2, mais pleins d’autres articles de vulgarisation existent sur internet) qui n’ont sûrement pas une grande valeur médicale mais qui ont eu un effet déclencheur pour moi et une prise de conscience. Certains éléments de cet article m’ont fait prendre conscience :

  • Que tout avait été aggravé par une angine et une otite quand Lise avait 1 an et demi (qui coincidait également avec la fin de ma seconde grossesse),
  • Que toute petite, je n’ai jamais « écouté » ce qu’elle pouvait exprimer au niveau alimentaire (j’ai toujours insisté pour qu’elle mange quand elle ne voulait pas, je stressais dès qu’elle ne finissait pas ses assiettes),
  • Chaque refus était géré en premier lieu par le conflit,
  • Que je ressentais ce refus comme une véritable remise en cause personnelle : je n’étais pas capable de nourrir ma fille.

Même si ma fille n’en était pas à un état pathologique, j’avais mis en place ce terrain « défavorable ». J’étais donc bien responsable de tout ça, mais la première étape était bien de me déculpabiliser : mes erreurs sont des erreurs courantes de jeune maman. Et il était temps de changer d’approche.
Nous avons décidé qu’il fallait que Lise prenne conscience qu’elle mange pour elle, et de nous (me) détacher de son assiette. Nous avons été aidé par une bonne grippe et gastro de retour de vacances. La visite chez le médecin nous a montré une belle perte de poids, il fallait qu’elle mange, mais le conflit ne l’ayant jamais aidé à manger, il était temps d’avoir une approche complètement différente.

Les nouvelles règles sont donc les suivantes :

  • Nous préparons à manger, un repas identique pour tout le monde,
  • Nous essayons toujours d’avoir à chaque repas au moins un aliment vedette pour Lise (et il n’y en a pas beaucoup une fois sortis du trio infernal : pâtes, pomme de terre, jambon),
  • Nous essayons d’avoir à chaque repas au moins un légume.
  • Nous passons à table tous ensemble (y compris Melody),
  • Pas de jouets à table (cette règle a tendance à être transgresser),
  • Chacun mange à sa place,
  • Chacun mange ce qu’il a envie (parmi ce qui a été préparé) dans les quantités qui lui font envie,
  • Nous insistons pour qu’elle goute (mais de manière positive : gouter n’est pas une obligation, mais en goutant, on peut avoir de bonnes surprises),
  • Aucune remarque incisive sur la quantité de nourriture ingurgitée (j’ai encore du mal, mais je fais un effort),
  • Le soir, nous avons remis un biberon (qui est notre garantie « Bonne conscience »),
  • Par contre, une règle assez simple et clairement rappelée régulièrement : si on n’a pas faim pour le plat principal (surtout quand c’est quelque chose d’apprécié en temps normal), on n’a pas faim pour un deuxième yaourt ou pour un bonbon.

Les repas sont devenus moins stressants. Lise a repris du poids malgré une deuxième grippe. Elle ne mange pas plus varié qu’avant. Cependant, il lui arrive bien souvent de goûter. Mais c’est toujours frustrant de l’entendre dire « Mmmm c’est délicieux » suivi d’en « Je n’en veux pas ». Petit à petit, nous essayons donc de faire passer le message : « Pourquoi te prives-tu de quelque chose de délicieux ? ». Parfois ça marche, mais bien souvent, c’est sans résultat.

J’ai bien conscience que notre rééducation mutuelle va prendre beaucoup de temps. Cela fait un an et demi que nous avons pris de mauvaises habitudes, je m’attends un peu à ce qu’il faille autant de temps pour les oublier. C’est pour ça, qu’on ne peut pas dire à ce jour que Lise mange normalement, et je ne peux pas dire non plus que je ne m’énerve jamais quand l’assiette reste désespérément pleine.

Image : Starbooze  (Sarah C)

Mange ! (épisode 2)

A deux ans, Lise mesurait 95 cm et 12kg. Elle est très grande et mince ce qui la place bien en dessous des courbes d’IMC standard.

C’est à ce moment là que la diversification de Melody a commencé. Cette diversification nous a fait prendre conscience que Lise n’a jamais mangé aussi bien que Melody, si on considère les quantités ingurgitées. L’expérience d’un premier bébé, me permet de me rendre compte que si on observe bien un bébé qui mange, leur attitude quand ils n’ont plus faim ou qu’ils n’aiment pas peut paraître subtile mais devient clair avec un peu d’expérience. Je me suis aussi rendue compte que les indications données par le pédiatre en terme de repas types et de quantités ne sont pas à prendre au pied de la lettre. Ça paraît évident quand on le dit, mais ça ne l’était pas quand on est entré dans cet engrenage avec Lise.

La confrontation de mes deux enfants au niveau des repas, m’a donc montré qu’il y a des bébés gros mangeurs et des bébés petits mangeurs. Qu’il faut leur faire confiance, plus qu’aux recommandations des médecins, les organismes de « référence » qui sont en réalité un regroupement d’industriel de l’alimentation, les nombreuses études contradictoires toujours diffusées dans les médias de manière parcellaire et sans référence mais aussi parfois à son entourage.

Cette prise de conscience n’a cependant pas réglé les problèmes d’alimentation de Lise parce qu’il nous a fallu plusieurs mois pour mettre en application ce que nous avions compris et ne plus faire des repas un moment de stress et de conflit.

Mange ! (épisode 1)

Tous les parents ont des sujets d’inquiétudes à propos de leurs enfants : le sommeil, les pleurs, le poids, la taille, le développement… Pour nous, avec Lise, c’est l’alimentation.

Je l’ai allaitée complètement deux mois et demi, puis on a introduit les biberon au fur et à mesure pour la sevrer de la dernière tétée du matin à six mois. Puis on a commencé la diversification, qui s’est assez bien passée. Lise mangeait de tout même si on voyait qu’elle bloquait un peu sur quelque chose, on insistait et elle finissait par manger.

Puis à partir d’un an, son caractère s’est affirmé. Elle ne voulait plus de biberons. On a remplacé celui du soir par une purée de légumes avec un fromage blanc. Tout allait bien mieux, jusqu’à ses 18 mois, où elle a trouvé un jeu très marrant : le lancer de purée (avec l’assiette). Et nous sommes entrés dans un vrai conflit permanent. Chaque repas était un stress (va t’elle manger ? À quel prix pour nous ?)

Les conflits ont augmentés et nous ont vraiment gâché la vie. Et Lise est arrivée à une situation où à deux ans les seuls aliments qu’elle mange sont les biberons de lait, des pâtes et du jambon, un peu de pomme de terre, et des yaourts… Nous sommes loin des 5 fruits et légumes par jour.

Photos : Nicolas Sauvage

Ne me crie pas dessus !

Mes enfants me servent souvent de miroir.
La base de leur apprentissage étant l’imitation, c’est tout naturellement que les enfants reproduisent notre propre comportement. Et malheureusement, je ne suis pas toujours exemplaire.

Lise a tendance, comme tout enfant de son âge, à pleurnicher ou crier pour revendiquer une envie très pressante pour elle et dont l’assouvissement immédiat lui parait indispensable. Dans ces cas là, ma réaction est toujours la même : je lui dis de ne pas me crier dessus si elle veut avoir ce dont elle a si envie (que cela soit de regarder pour la énième fois le même DVD, ou de ne pas mettre la magnifique robe que je lui ai choisi avec soin, etc.). Ni une, ni deux, le concept a été très rapidement intégré et compris. Je vous rassure, il lui arrive toujours de crier pour essayer d’obtenir quelque chose. Cependant, si nous avons le malheur de lui crier dessus parce que nous sommes énervés, elle nous fait part de son grand sens de la répartie et nous aussi nous avons le droit à notre « Ne me crie pas dessus ! ». Et je me dis « Vlan, Maman ! Retour gagnant ! Applique-toi tes propres principes ».

Je suis impressionnée par la logique implacable des enfants. Ils l’appliquent sans exception et sans déformation contrairement aux adultes ce qui nous met souvent face à nos propres contradictions (petit exemple : on ne mange pas en dehors de repas. Oui sauf si c’est un fruit, ou quand on a très faim, ou quand il y a un morceau de chocolat qui traîne,  ou quand on revient de la boulangerie avec du pain tout frais et encore chaud… Bref sauf quand nous, les adultes, décidons que la règle ne s’applique pas pour nous) ou imprécisions.

Coupable !

Depuis que j’ai su que j’étais enceinte, je crois que je n’ai jamais ressenti autant de sentiment de culpabilité.

Coupable de n’être pas immunisée contre la toxoplasmose, et de faire courir un risque mortel ou handicapant à chaque repas en dehors de la maison ou à chaque caresse à mes chats.

Coupable de ne pas avoir eu le sentiment d’être une mère dès le test de grossesse positif.

Coupable de ne pas avoir envie de me lever la nuit pour donner à manger à ma fille et d’envoyer son père qui travaille le lendemain me la chercher.

Coupable de ne pas savoir décrypter les pleurs de mes bébés.

Coupable de ne pas avoir écouté les conseils de nos aînés quand on se rend compte qu’ils ont raison (Oui  ça arrive même si on a jamais envie de le reconnaître).

Coupable quand ma fille concrétise par des gestes agressifs envers les autres, tout ce qu’elle ne sait pas exprimer autrement.

Coupable quand ma fille refuse de manger.

Coupable de ne pas avoir pu consacrer autant de temps à Melody qu’à Lise.

Coupable de voir toutes les erreurs que je fais. En bref, coupable de ne pas être la mère parfaite.

Au final, devenir mère c’est pour moi tout d’abord accepter que la mère parfaite n’existe pas et de dédramatiser les inévitables erreurs et leurs conséquences souvent très limitées.

Image : Thomas Roche