Soyons logique ! Un petit message pour les concepteurs d’articles de puériculture…

Voilà environ 4 ans que, par la force des choses, je suis concernée par les articles de puériculture. Et je me dis parfois que les concepteurs de ces articles ne doivent pas avoir d’enfants. Voici une liste d’aberrations que j’ai relevé :

  • Petits pots pour bébé : Il n’y a pas toujours adéquation entre l’âge d’introduction des aliments du carnet de santé et celui des petits pots. M. Bledina et Mme Nestlé sont ainsi beaucoup plus souples que les pédiatres que j’ai croisé et n’hésitent pas à introduire fruits exotiques et fruits rouges très tôt dans la diversification. Et si on veut suivre les recommandations qui consistent à n’introduire qu’un légume à la fois, on est bien obligé de faire les petits pots soi-même.
  • Divers matériels :
    • Beaucoup de matériel de puériculture en contact direct avec nos bébés n’est pas déhoussable et ne se lave pas facilement, ils sont pourtant souvent machouillés ou soumis aux régurgitations ou autres projections accidentelles. Avez-vous déjà essayé de laver un lit parapluie ( que cela soit un matelas, ou le tissu autour) ? Le fond rembourré d’un parc ? Les jouets en tissu qui ne sont lavables qu’en surface ? Les transats non déhoussables ? La housse rembourrée et le harnais d’une chaise haute ?
    • Nous vivons en appartement, donc nous avons besoin de matériel « compact », mais je suis toujours surprise par la place que prend ce matériel compact une fois plié. Je pense notamment à ma chaise haute qui prend quasiment autant de place pliée que dépliée (j’avoue j’exagère un peu, mais à peine) !
  • Jeux d’éveil et apprentissages : De nombreux jeux électroniques destinés aux tous-petits (0-2 ans) demandent à l’enfant d’appuyer sur  une couleur ou un nombre. Je sais que mes enfants sont les plus beaux, les plus merveilleux et les plus intelligents, malgré tout ils n’arrivent pas à deux ans à trouver les bonnes couleurs ou les bons nombres… Je me suis donc mise de suite à la recherche de cours de soutien pré-scolaire ! Les hochets en tissu et les tapis d’éveil contiennent  souvent un petit « pouet » qui ne fait plus de bruits une fois passé en machine.
  • Jouets pour le bain : Il existe bon nombre de jeux pour le bains qui sont de type « aspergeurs ». Le principe est de les remplir d’eau et de s’asperger avec. Non seulement c’est tellement dur que les enfants ne peuvent les utiliser seul mais en plus, il est quasiment impossible de les vider complètement à la fin du bain. Du coup, les algues prolifèrent à l’intérieur et on ne peut l’empêcher éternellement, même en les stérilisant régulièrement. Ce sont donc pour moi des jouets jetables par excellence.
  • Pyjamas : La plupart des pyjamas des tous petits sont boutonnés dans le dos. Or, il est préconisé de coucher les nourrissons sur le dos. Cela signifie que nos enfants dorment sur une magnifique rangée de boutons pressions, pile sur leur colonne vertébrale. Cela ne doit pas être très agréable. J’imagine que cela doit dater de l’époque où on préconisait de coucher les enfants sur le ventre, mais au bout de quelques décennies, ils auraient quand même pu s’adapter.
  • Body : Les bodys les plus courants sont des bodys à emmanchures américaines. Pourtant ce type de body n’a pour moi que des inconvénients :
    • Quand on a un jeune bébé qui sort tout droit de la maternité, il n’y a rien de pire que d’essayer de le tortiller dans tous les sens pour lui enfiler un body par la tête alors qu’on nous répète sans cesse que sa tête est fragile.
    • Quand on a un jeune bébé allaité qui, comme mes trois enfants, sont spécialistes pour avoir des débordements de couches à tout va, vous pouvez être sûr qu’en lui changeant le body tâché par ses magnifiques selles dorées, vous lui en mettez plein les cheveux et il est bon pour un bain. (Je vous avoue qu’après trois bébés, j’ai enfin compris qu’on pouvait éventuellement enlever ces bodys par le bas)
    • Le col de ces bodys est large, et le système de croisement des pans à l’encolure fini toujours par bailler. On se retrouve alors avec des bébés au cou très dénudé.
  • Turbulettes avec manches : Je dois avoir des enfants à bras court parce que dans toutes les turbulettes avec manche que j’ai, les manches sont deux fois trop longues. Je dois avoir des enfants qui tiennent plus des tyrannosaures que des gorilles.

Ce sont les exemples qui me viennent de suite en tête, mais je suis sûre qu’on pourrait en trouver des millions. Vous en avez quelques uns en tête ?

Images : WorldSkills International

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Et 1 et 2 et 3 (enfants) ! Ce qui a changé

Les parents grandissent et apprennent en même temps que les enfants. Pourquoi je dis ça ? Je me rends compte qu’on n’a plus la même vie, qu’on n’est plus les mêmes parents maintenant qu’il y a trois ans, quand nous n’avions que Lise. Parfois les changements sont prévisibles, d’autres fois je suis assez surprise.

  • On s’y attendait :
    • La voiture :
      Avec le nombre des enfants, la taille de la voiture augmente.

      • Sans enfant : on avait un cabriolet (la voiture plaisir par excellence).
      • Avec un enfant : Adieu le cabriolet, bonjour la voiture familiale. On aurait pu garder la voiture, mais on n’aurait pas pu l’utiliser toit ouvert, et ce n’est pas facile pendant les vacances de faire rentrer poussette, lit parapluie et bagages dans un coffre de cabriolet.
      • Avec deux enfants : pas de changement, deux sièges autos rentrent facilement dans une voiture familiale
      • Avec trois enfants : il faut croire que les familles n’ont que deux enfants, ou en tout cas que deux enfants qui ont besoin de s’asseoir dans autre chose qu’un réhausseur sans dossier car trois sièges auto ne rentrent pas facilement dans une voiture familiale. Nous sommes donc passés au grand monospace.
    • Le temps de préparation :
      • Sans enfant : quand on partait en ballade cela prenait maximum 10 minutes entre « on part » et notre sortie du parking.
      • Avec un enfant : ce temps de préparation est passé à 15 minutes pour les petites sortie, 30 minutes quand la sortie dépasse la demi-journée.
      • Avec trois enfants : il nous faut minimum une demi heure pour rassembler toutes les petites têtes blondes (ou brunes d’ailleurs), les habiller, chausser, les glisser dans un porte bébé ou une poussette pour de petites sorties et une heure quand on s’en va pour une journée minimum.
    • La qualité des repas :
      Avec le nombre des enfants, la qualité des repas s’améliore.

      • Sans enfant : On a toujours aimé cuisiner, mais la cuisine quotidienne se limitait à des plats de base et simples. On ne mangeait pas des légumes tous les jours, il n’y en avait d’ailleurs pas tout le temps à la maison.
      • Avec un enfant : on n’a pas changé grand chose à nos habitudes alimentaires. Il y avait un peu plus de légumes et fruits dans notre cuisine, mais uniquement pour faire des purées et des compotes pour Lise. Mais quand elle n’a plus voulu en manger, nous avons d’abord commencé par essayer de manger plus de légumes pour lui donner l’exemple et nous avons progressivement baissé les bras pour en revenir au point de départ.
      • Avec deux enfants : un lent mais à priori durable changement s’est amorcé. Il y a toujours des fruits et légumes chez nous. Nous essayons d’avoir des légumes à chaque repas (mais il y a des périodes où on est plus ou moins sérieux, en fonction de la fatigue et l’envie de chacun).
      • Avec trois enfants : j’ai bien l’intention de continuer à améliorer l’équilibre de nos repas. Le plus grand challenge sera d’essayer de donner envie aux filles de manger quelques légumes.
  • On ne s’y attendait pas :
    • Le sac à langer :
      Avec le nombre des enfants, la taille du sac à langer diminue.
      Nous avons un grand modèle de sac à langer.
      • Sans enfant : on prenait nos sacs à main et rien de plus.
      • Avec un enfant : il accompagnait chaque sortie, il était rempli presque à ras bord avec les couches, les tenues de rechange, les petits pots, les biberons etc. Que la sortie dure une heure ou 1 journée entière il était plein à ras bord.
      • Avec deux enfants : il a accompagné uniquement les sorties qui incluaient un repas pendant les premiers mois de la seconde jusqu’à ce qu’elle ait un an et demi. Il était toujours aussi plein, mais contrairement à avant, il n’était pas refait systématiquement. Il y avait du laisser-aller et souvent on se retrouvait avec un sac plein de choses inutiles (couches ou vêtements trop petits, repas incomplet, etc.).
      • Avec trois enfants : Tant que Jack ne boit que le lait de sa maman, pas besoin de gros sac à langer. Il n’est de sortie que pour les ballades de plus d’une journée. Il est remplacé par un petit sac à langer qui contient le minimum : des couches pour les deux plus petits, un petit tapis à langer, des lingettes et un change pour Jack.
    • La féminité :
      Avec le nombre des enfants, ma féminité (surtout mon envie d’être féminine) augmente.

      • Sans enfant : je n’ai jamais été hyper féminine. Mais je pense que je suis passée d’un mode un peu garçon manqué à un mode un peu plus féminin, mais sans porter trop souvent ni robe ni talon.
      • Avec un enfant : pendant la grossesse, j’ai toujours essayé de m’habiller correctement mais sans être trop féminine. Pendant le congé maternité, je sortais peu et donc je faisais peu d’effort. A la reprise du travail, il y a eu un peu d’améliorations mais rien de transcendent.
      • Avec deux enfants : pendant la grossesse, j’ai investi dans quelques robes. Par contre, après l’accouchement j’ai eu besoin de me sentir un peu moins mère et un peu plus femme.
      • Avec trois enfants : sûrement parce que c’était le dernier, je me suis fait plaisir avec de belles robes, de beaux hauts pendant la grossesse. Après l’accouchement, trois enfants obligent, j’ai perdu les kilos de grossesse rapidement, et j’ai vraiment envie de retrouver des formes qui me plaisent. J’attends avec impatience la fin de la rééducation pour pouvoir me remettre au sport (ce qui n’était pas le cas pour les grossesses précédentes). Je ne peux pas encore refaire complètement ma garde robe à cause de l’allaitement bien que je me sois fait plaisir sur le plaisir Mamanana.
    • Le temps pour soi :
      Pas besoin de détailler, plus on a d’enfants moins on a de temps pour soi. Cependant, l’envie d’avoir du temps pour soi augmente !

      • Sans enfant : on ne s’en rend pas compte, on a même parfois l’impression de manquer de temps, et pourtant on déborde de temps où on fait ce qu’on veut.
      • Avec un enfant : on se sent accaparé par ce petit être dépendant de nous. Et pourtant, on rechigne à le confier. Il est si jeune, si fragile, si dépendant de nous ! Et surtout on n’a pas fait un enfant pour le refiler à une tierce personne à la première occasion. On accepte tout juste de le confier à son conjoint pour profiter de quelques instants de liberté.
      • Avec deux enfants : on culpabilise de ne pas consacrer autant de temps à ce petit deuxième. Alors on confie le premier de temps en temps, tout en culpabilisant de le laisser. Mais on rechigne toujours autant à laisser le second si petit, donc on n’a pas plus de temps pour soi.
      • Avec trois enfants : on a fini par comprendre qu’il est important de prendre du temps pour soi, si on ne veut pas complètement se laisser aller, ni se sentir emprisonné par ce rôle de parent. On saisit la moindre occasion pour laisser les trois à son conjoint (ceux qui se battent pour descendre les poubelles me comprendront de suite !). On essaye de refiler les deux grands aux grands-parents qui eux aussi ont compris qu’ils ne sont plus autant en forme, ni aussi patient que quand ils avaient leur propre descendance. Quoiqu’il en soit, on a toujours le petit dernier dans les pattes et on rêve du jour où il sera assez grand pour suivre les aînés… Même si on se rend compte que toute cette petite tribu grandi très vite, et sans qu’on s’en rende compte, ils quitteront le nid. On aura tout le temps qu’on veut pour nous et pourtant on cherchera à les avoir à nouveau auprès de nous !
    • Les sorties :
      Plus on a d’enfants, plus on se bouge pour sortir !

      • Sans enfant : Nous étions très casaniers. Nous sortions un peu faire les magasins, nous promener, mais dès que le temps était menaçant nous préférions rester à la maison.
      • Avec un enfant : Nous avons attendu que Lise ait quelques semaines pour les premières ballades dehors et qu’elle ait plus d’un mois  pour la sortir pour faire les magasins (pour éviter les microbes, les maladies, etc.). Nous avons dû attendre qu’elle ait plus d’un an et demi pour une vraie sortie en famille dans un zoo et pour aller dans des squares pour jouer.
      • Avec deux enfants : Nous n’avons pas mis Melody en « quarantaine » comme sa soeur. Lise avait besoin de sortir, de se dépenser, donc les sorties familiales se sont faîtes très tôt. A partir du moment où il ne tombe pas des trombes d’eau, tout le monde est dehors, même si c’est pour une courte ballade afin de faire courir les fauves et éviter qu’ils nous retournent la maison.
      • Avec trois enfants : Jack nous suit partout, le plus souvent dans le porte-bébé, depuis sa naissance. Il n’avait même pas trois mois que nous sommes allés passer une journée à Disneyland Paris alors que nous jugions, il y a encore peu de temps, Lise et Melody trop jeunes pour ce genre de sortie et  trop compliqué avec deux petits enfants d’aller dans un parc d’attraction toute la journée. Peu importe le temps menaçant, un habillage pluie, une veste de portage imperméable, les capuches sont de sorties.

Et vous, les enfants arrivant les uns après les autres dans votre foyer, y a t’il des choses qui ont changé dans votre vie et auxquelles vous ne vous y attendiez pas ?

Images : Loren Javier

Respecte-moi ! La cohabitation chats-enfants…

A la maison, nous sommes 2 adultes, 3 enfants et 3 chats. Une vraie petite tribu en appartement.

Les chats (ou en tout cas deux d’entre eux) étaient là avant les enfants. Nous leur avons fait une bonne place à la maison, on ne peut pas ignorer qu’il y a des chats chez nous. Nous vivons en appartement, donc on ne peut pas passer à côté de la litière pour les chats, les arbres à chats pour sauvegarder nos meubles, les poils de chats sur nos vêtements, les souris en fausse fourrure au milieu du salon. Certains trouveront cela sûrement déplacé, mais j’ai trouvé qu’avoir des chats était une bonne entrée en matière pour comprendre les contraintes qu’amènent un enfant dans un foyer :

  • Prendre soin d’un être qui dépend de nous,
  • Prendre en considération de nouvelles contraintes dans la vie quotidienne, dans nos loisirs,
  • Faire face aux imprévus  de dernière minute,
  • Adapter sa maison à leurs occupants,
  • Poser des limites.

Je ne dis pas qu’un chat peut remplacer un bébé, loin de là. Et avoir un chat à la maison est beaucoup plus facile qu’avoir un enfant à la maison, cela ne fait aucun doute dans mon esprit. Cependant, si on n’est pas capable de bien s’occuper d’un animal ou qu’on ne le supporte pas, je ne vois pas comment on peut bien s’occuper d’un enfant !

Quand Elise a pointé le bout de son nez, il n’était absolument pas question de se débarrasser des chats, ils font partie de notre famille. Je constate chaque jour qu’avoir des chats avec des enfants en bas âge complique un peu les choses. Cela pose des problèmes de :

  • sécurité : je dois systématiquement vérifier que les chats ne sont pas dans la chambre avant de coucher Jack, je ne peux pas poser Jack seul sur le tapis d’éveil si je ne veux pas courir le risque qu’un chat lui coure dessus en jouant.
  • hygiène : les chats adorent les affaires des bébés que cela soit les nacelles, les turbulettes, les tapis à langer. Donc, il ne faut pas être maniaque et accepter d’avoir un enfant plein de poils de chat.
  • jalousie : il arrive que certains chats très possessifs soient jaloux de l’arrivée d’un bébé dans le foyer (ça n’a pas été notre cas, avec aucun de nos chats).
  • surveillance accrue : il faut faire attention à toutes les interactions entre les chats et les enfants, surtout lorsqu’ils sont suffisamment grands pour se déplacer mais pas assez pour connaître les limites.

Mais cela apporte tellement aux enfants que ces contraintes sont vite effacées. A n’importe quel âge, les animaux apportent beaucoup aux enfants, ils sont source d’apprentissage mais aussi de réconfort.

Dès le plus jeune âge, mes enfants ont été très intéressés par nos chats. Dès qu’ils sont en âge de suivre des yeux, ils les observent, les caressent si ils passent à portée de la main. Ils peuvent aussi commencer à apprendre que les animaux ont leur propre volonté et ne sont pas des peluches.

Lorsqu’ils commencent à se déplacer, ils sont irrémédiablement attirés par ces boules de poils, et mieux que tout, ils peuvent les suivre partout. J’ai été impressionnée par la patience de mes chats face aux bébés. Ils acceptent d’eux beaucoup plus de choses que des adultes.

Lorsque les enfants sont en âge de se déplacer, les choses se compliquent parce qu’ils peuvent harceler à leur guise leurs compagnons poilus. J’ai vu mes chats subir des palper-rouler à faire rougir les pires culottes de cheval. Et j’ai vu mes chats « éduquer » mes enfants comme ils le feraient sûrement avec des chatons. Avec fermeté et douceur, ils posent les limites en repoussant d’un coup de « patte douce » ou en miaulant de manière non équivoque.

Lorsque les enfants maîtrisent mieux leurs gestes et leurs conséquences, mes chats ont également changé d’attitude et sont devenus moins tolérants comme s’ils avaient compris que l’indulgence n’était plus de mise parce que les gestes malheureux étaient devenus volontaires. Les enfants apprennent donc le respect des autres, des limites et à assumer les conséquences de leurs excès. Mais mes chats sont devenus aussi plus demandeurs vis à vis de mes filles, ils viennent chercher des câlins ou réclamer des jeux et ça elles adorent !

Mes filles adorent les animaux et elles ont compris très tôt, grâce à leur expérience avec nos chats, qu’il faut les respecter, que ce ne sont pas des peluches. Elles savent aussi que nos chats et leurs réactions ne sont pas représentatifs de tous les chats. Chacun de nos chats a sa propre personnalité et elles ne peuvent pas se permettre les mêmes choses avec chaque chat. Donc elles n’iront jamais toucher à un animal sans nous demander si cela est possible.

Vous l’aurez compris, avoir des chats et des enfants à la maison c’est un vrai atout pour moi. C’est une grande source d’apprentissage mais aussi de tendresse et de bonheur pour les enfants.

Images : Etolane

Amuse-toi ! Le roi du bac à sable…

Beaucoup connaissent le sketch sur le parc de Florence Foresti de son spectacle Mother Fucker. Je ne sais pas si cela vient de la volonté de ne pas faire un spectacle rien que sur ce sujet (il y a de quoi faire) ou bien si finalement, elle n’y passe pas tant de temps que ça, mais je trouve ce sketch bien en dessous de la réalité.

Grâce à mes congés maternité, je fréquente régulièrement les parcs de mon quartier. Et ce que je vois n’a bien souvent rien de réjouissant. Je ne vais pas aborder aujourd’hui la problématique des nounous (que cela soit auxiliaires parentales ou assistantes maternelles). Tout ce que je peux dire, c’est que parmi celles que je vois au parc (donc une petite partie seulement), il y en a peu à qui je confierais mes enfants en toute confiance. Aujourd’hui, je vais plutôt parler d’un papa que je vois très souvent en ce moment et que je surnomme le « roi du bac à sable ».

Son altesse a une fille de 4 ans qui adore jouer au bac à sable. Ce n’est pas ça qui lui confère son caractère unique ! Apparemment, c’est un souverain de droit divin. Il a reçu du dieu du bac à sable le droit de régner sur le bac à sable, les jouets qu’il contient, les enfants qui s’y trouvent. C’est un roi tout puissant.

Assis sur son trône, au bord du bac à sable, il règne en maître. Il impose aux enfants :

  • de jouer avec leurs propres jouets ou de les prêter,
  • qui s’installe où,
  • qui doit absolument jouer avec qui,
  • qui doit être tranquille pour jouer,
  • qui doit rendre tel jouet à qui,
  • etc.

Il intervient à la moindre incartade. Son autorité surpasse celle des parents ou nounous présents. Il a visiblement toute la légitimité pour intervenir auprès des enfants sur leur éducation. Même si les accompagnants bienveillants sont déjà intervenus pour empêcher un enfant d’en embêter un autre, il a l’obligation d’intervenir pour surenchérir faute de quoi, il pourrait perdre son royaume et sa précieuse autorité !

Il a également le droit de châtier les contrevenants aux règles qu’il a dicté dans son royaume. Ainsi, on peut le voir écraser le château de sable d’un enfant qui a lui-même cassé la tour de sable d’un autre.

Vous l’aurez compris, ce père m’exaspère. Jusqu’à présent, il n’a pas encore ressenti le besoin d’intervenir auprès de mes filles, et heureusement, parce que je ne supporte pas son comportement. Le parc, et à fortiori, le bac à sable est une belle zone d’apprentissage pour les enfants. Ils sont confrontés à des enfants de tout âge qui n’ont pas la même expérience de la collectivité, du partage, de la tolérance, du respect des jeux des autres.

C’est donc forcément une zone de friction. Il y a les plus petits qui n’ont pas le sens de la propriété partagent tout, mais pleurent parfois de frustration et détruisent les oeuvres des autres. Les moyens qui ne partagent pas mais veulent prendre tout ce qu’ils désirent et cela passe parfois par des gestes un peu violents et des bousculades. Les grands qui jouent en groupe, construisent, bâtissent et n’aiment pas qu’on détruise leurs oeuvres. Mais c’est aussi une merveilleuse zone d’apprentissage :

  • du partage (je prête mes jouets, je demande pour qu’on me prête des jouets),
  • du respect (je ne casse pas les constructions des autres, j’accepte que je ne peux pas avoir tout ce que je veux),
  • de la tolérance (j’accepte que les plus petits ne comprennent encore pas toutes les règles des jeux collectifs, j’accepte quand jouant en groupe les autres ne fassent pas systématiquement ce que j’espère).

Au milieu de ça, de mon point de vue, les accompagnants sont là bien-sûr pour rappeler les règles de base. Mais ils n’ont pas besoin d’intervenir systématiquement à chaque écart, les enfants doivent apprendre les limites aussi bien des parents que des autres enfants. D’autre part, sauf mise en danger évidente de soi ou d’autrui, chaque accompagnant s’occupe des enfants dont il a la charge. Cela pour une simple et bonne raison, les règles ne sont pas les mêmes dans chaque foyer et il n’y a aucune raison qu’il y ait dans un parc libre d’accès une autorité supérieure qui dicterait ses propres règles :

  • Il y a des parents qui demandent aux enfants de ne jouer qu’avec leurs propres jeux et des parents qui au contraire imposent le partage,
  • Il y a des parents qui demandent aux enfants de ne pas mouiller le sable et d’autres qui les accompagnent jusqu’à la fontaine pour remplir leur seau,
  • Il y a des parents qui demandent à leurs enfants de ne pas mettre de sable sur leurs pieds et d’autres qui déchaussent leurs enfants,
  • etc.

Le parc est donc une zone de friction pour les parents comme pour les enfants. Contrairement aux zones de collectivités organisées (crèches, halte-garderie, école, activité péri-scolaire), il n’y a pas d’autorité indépendante pour chapeauter  l’ensemble (parents et enfants) et dicter les règles universelles qui s’y appliquent. C’est donc aux parents et aux enfants d’avoir l’intelligence et l’ouverture d’esprit de vivre ensemble pour un bref temps, de tolérer les différences. Et cela doit rester ainsi, il n’y a pas lieu de voir émerger des « rois » (ou reine d’ailleurs) qui imposent leur propre loi.

Images : Sophie Lenaerts / Cédric Simon