Obéis ! De bon petits soldats…

https://i0.wp.com/images.cdn.fotopedia.com/flickr-1374426478-original.jpgEn tant que parents, on rêve de ces enfants imaginaires, qui seraient sages en toute circonstance, raisonnables, attentifs, à notre écoute mais avec la bonne dose de vitalité et d’humour. Des enfants obéissants !

J’ai l’impression que, quand j’étais moi-même enfant, j’étais par la force des choses cette enfant. A la maison, les parents faisaient la loi, on ne respectait pas la loi, et c’était le coin et parfois la fessée. Donc on filait droit, on disait bonjour et au revoir, on était poli, on finissait notre assiette, on ne réclamait pas de jouets dans les magasins, on tenait la main dans la rue, etc. Mais quand j’y réfléchis, je me souviens des punitions, c’est donc que je n’étais pas si sage que cela…

Malgré tout, en élevant mes trois enfants, j’ai développé une certain frustration. Je n’étais pas capable d’élever mes enfants convenablement parce qu’ils n’étaient pas obéissant quand j’avais besoin qu’ils le soient. Je critiquais mes parents, mais eux, au moins, avaient réussi à avoir des enfants qui écoutent leurs parents, à moins que nous étions des enfants qui « craignent » leurs parents… Tout doucement, sans m’en rendre compte, j’ai basculé dans un mode d’éducation qui pouvait paraître violent. Souvent verbalement, psychologiquement et parfois physiquement. Je sentais que ce n’était pas la solution, mais je n’en avais pas d’autres. La fatigue morale et physique de ces dernières années, ne me permettaient plus de prendre le recul nécessaire. Je me suis enfermée dans un comportement qui était exactement le même que celui que je reprochais à Lise, elle était mon propre miroir.

Il aura fallu un regard et une intervention extérieure à notre foyer pour en prendre conscience. Il m’a apporté ce regard extérieur et ce recul qui faisait jusque là défaut. Bien sûr, il ne pouvait pas comprendre qu’on n’avait pas d’autres solutions, qu’on était à bout, qu’on était désemparé. Mais bien sûr, il a senti cette violence qui nous paraissait banale, et je l’ai alors ressenti. Est-ce que c’était comme ça que je voulais éduquer mes enfants ? est-ce que c’est ce souvenir que je voudrais leur laisser de moi ? Evidemment non. A quel prix, je voulais des enfants qui font ce que je leur demande au moment où je leur demande parce que je l’ai décidé ainsi ? Certaines pas à ce prix là.

Nous sommes donc allé voir le médecin qui suit nos trois enfants. En premier lieu, nous y sommes allé pour Lise que nous ne pouvions laisser avec sa détresse, sa violence et ses problèmes d’endormissement. Elle nous a conseillé une psychologue, que je suis allé voir avec Lise 3-4 fois à 15 jours d’intervalle. Même si nous y allions pour Lise, cela m’a permis à moi de me poser les bonnes questions, de relativiser, et de choisir la mère que je veux être, pour apprendre à mes enfants les valeurs qui me semblent importante.

Est-ce que je veux avoir des enfants qui obéissent les yeux fermés à des adultes ? Non, surtout pas. Bien sûr qu’ils doivent nous écouter, respecter les règles importantes liées à la sécurité (la leur et celle des autres), au bien être de chacun (sommeil, alimentation, santé, etc.), au respect des autres. Mais il faut que nous adaptions nos exigences à leur âge et à leur individualité.

Une série d’évènements récents ont accompagné ce changement chez moi.

Lors de l’anniversaire de mon père, une tante de mes enfants s’est offusqué qu’ils ne lui fassent pas un bisous en la voyant. Un peu honteuse au début de ne pas être capable de faire en sorte que mes enfants disent bonjour à leur tante, je me suis dit ensuite que le respect et la maîtrise de son propre corps est une notion à laquelle je tiens. Je ne veux pas qu’on impose à mes enfants un contact physique à mes enfants. Leur corps leur appartient. Dire bonjour c’est pour moi obligatoire. C’est une question de politesse. Mais le bisou, le contact physique, c’est à eux de choisir si ils ont envie ou pas. Ce n’est pas à un adulte de décider pour eux.

Lors d’un rendez-vous chez le médecin de Melody, celle ci, un peu intimidée par ce nouveau médecin n’a pas voulu s’allonger sur la table d’auscultation. Pressé par le temps, ce médecin (je précise, une femme) a plaqué ma fille (forcément hurlante) sur la table pour lui palper le ventre et les aisselles. Les seules explications qu’elle a reçu sont : qu’elle est trop grande pour ce genre de comportement (elle n’a même pas 3 ans), qu’il y a beaucoup d’enfants malades dans la salle d’attente et qu’elle n’a pas de temps pour ce genre de caprice. Peut être que ma fille aurait préféré qu’on lui explique ce qu’on allait lui faire, pourquoi, et qu’il ne fallait pas qu’elle ait peur, qu’elle avait le droit de demander à arrêter si ça lui faisait mal ou si ça la gênait. Je la connais, elle est raisonnable pour son âge, et avec un peu d’accompagnement, cela se serait passé en douceur. Je suis sortie de ce rendez-vous enragée et en colère.

On ne mettra plus les pieds chez ce médecin incompétent et brutal. Mais j’étais en colère après moi. La trop grande politesse que l’on m’a inculquée étant petite m’a empêché d’ouvrir ma bouche et de remettre en place ce médecin incompétent. Mais, après coup, nous avons expliqué à Melody que le comportement de ce médecin était inacceptable et qu’on n’y retournerait plus. 3 jours après, nous étions chez notre ancien médecin (même s’il n’est plus à côté de chez nous), pour faire deux vaccins très douloureux à notre fille. L’approche différente, les explications qu’on lui a donné et l’écoute qu’elle a eu ont fait qu’elle n’a même pas pleuré et qu’elle a fait tout ce qu’on lui a demandé. J’espère que ma fille continuera à s’opposer à ses adultes qui essaient d’imposer leur volonté à des enfants sans autre motif que leur puissance physique ou psychologique. J’espère que si ma fille, une fois adulte, et devenue mère voit quelqu’un d’aussi incompétent s’occuper de ses enfants, elle ne fera pas comme moi, elle le remettra à sa place. Voilà une autre valeur qui me paraît importante.

J’espère avoir des enfants obéissants, raisonnables et attentifs. Mais j’essaie de ne pas oublier l’âge qu’ils ont et à quel point je chéris leur regard d’enfant sur le monde. Et puis, je ne veux pas des enfants dociles. Je ne veux pas qu’ils suivent aveuglement les désirs des autres en pensant ou en craignant que cela n’est pas forcément bon pour eux. Je ne veux pas de bons petits soldats.

Images :  Jean-Pierre Dalbera

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3 réflexions sur “Obéis ! De bon petits soldats…

  1. Très chouette ! Bien d’accord avec toi, et notamment par rapport aux exemples que tu donnes…les gens oublient parfois que nos enfants sont des personnes avec leur personnalité et leurs goûts, et pas des pantins venant faire rire ou flatter untel ou untel…

  2. Viollette dit :

    L’attitude du nouveau médecin est malheureusement courante aussi bien avec les enfants que les adultes : combien de gynéco nous font mettre toute nue alors qu’on pourrait se déshabiller en deux fois, combien de médecin agissent sans expliquer ni demander notre avis, combien de dentistes dévitalisent une dent sans en parler au patient… Peut-être que cela vous choque plus parce qu’il s’agit d’enfants, et vous avez raison, à eux il est encore plus important d’expliquer. Peut-être aussi avez-vous eu la chance de rencontrer essentiellement des médecins respectueux. Peut-être pourriez-vous envoyer une lettre au médecin que vous avez « croisé » pour lui dire en quoi son attitude est inacceptable, c’est ce que suggère Martin Winckler. Il explique que même les bons médecins ont parfois une attitude maltraitante, et savent s’en excuser ensuite, et que si ce médecin trouve son attitude normale il est important que des patients se révoltent.
    Sinon pour l’attitude de la tante de vos enfants, je suis bien d’accord avec vous. Même si j’ai toujours eu la bise facile, je ne veux pas forcer mon fils à embrasser qui que ce soit et je n’aime pas que des inconnus se permettent de le toucher. Pour moi c’est une question de respect, les enfants y ont droit autant que nous.

    • Je suis également choquée quand ce genre de situation (un médecin qui s’impose) se passe avec des adultes. Au cours de la grossesse, les mères ont parfois l’impression d’être dépossedées de leur corps ET de leur pouvoir de décision. J’en avais déjà parlé sur ce blog, suite à mes mésaventures avec la toxoplasmose pour ma troisième grossesse. Je ne me serais sûrement pas posé plus de questions si le médecin qui me suivait à l’hôpital pour ma première grossesse ne m’avait pas interpellé sur le sujet. Comme tout le monde, je prévoyais de faire le test sanguin de la trisomie 21, parce qu’on me l’avait prescrit comme allant de soit. Mais il m’a demandé pourquoi je le faisais. Il y avait des antécédents dans la famille ? Des antécédents personnels ? Mon âge me mettait dans une population à risque ? L’échographie avait elle montré des facteurs de risque ? Est-ce que je connaissais toutes les maladies que mon enfant pouvait avoir de manière plus probable, parfois plus graves, mais pour lesquelles il n’existait aucun test prénatal ? La réponse était non à toutes ces questions. Pourquoi je voulais donc le faire ? Parce qu’on m’a dit de le faire. Je l’ai quand même fait pour cette grossesse, mais pas pour les suivantes.
      Et quand je l’ai refusé pour les suivantes je me suis heurtée à un mur d’incompréhension.
      Je ne remets jamais en cause le bien fondé de la médecine, juste la toute puissance de certains de leur praticiens.
      Je garde en tête ton idée de la lettre à posteriori. Je ne suis pas sûre de la faire, mais cela me semble une bonne solution.

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