Porte mon enfant ! Non merci, ce ne sera pas pour moi…

En France, la gestation pour autrui (c’est à dire le principe de mère porteuse) n’est pas autorisée. Mais le débat reste à l’ordre du jour et revient sans cesse sur le devant de la scène sans vraiment trouver de réponses. Je laisserai aux spécialistes de la bio-éthiques trancher le point de vue légal.

Cela ne m’a pas empêché d’y réfléchir à titre personnel. Et moi, que ferais-je si c’était légal ?

J’ai trois enfants et une famille que j’estime complète. Mon corps semble être fait pour porter des enfants puisque j’ai eu trois grossesses « faciles », et je suis encore jeune. Alors pourquoi je ne ferais pas ce don à un couple en mal d’enfants ? Je ne vais pas vous tenir en halène. Je serais tout simplement incapable de le faire, pour de multiples raisons :

  • l’attachement au cours de la grossesse : Je me souviens bien de mes trois grossesses. Au début, rien ne change. On ne se sent pas tellement différent quand on est enceinte. Puis au cours des mois, l’enfant grandit dans notre corps, mais aussi dans notre coeur, dans notre tête. Il y a des échanges qui se forment entre les parents et le bébé encore lové au creux de sa mère.
    Qu’est-ce qui fait d’adultes des parents ? On peut être mère sans avoir porté l’enfant dans son ventre. Mais peut-on ne pas être la mère d’un enfant qu’on a porté ? Personnellement, je ne pense pas que je pourrais ne pas m’attacher à un enfant lié à moi aussi intimement. On continue d’appeler « mère biologique » la génitrice d’un enfant adopté, on continue à appeler « mère porteuse » la matrice d’un enfant issu de gestation pour autrui. On continue d’être la mère de ces enfants qu’on n’élève pas. Ces enfants auront d’autres parents qui les aimeront, les élèveront, mais quoi qu’il arrive le lien avec la mère porteuse existe et est indestructible.
    Dans ces conditions, comment est-ce que je pourrais laisser partir cet enfant vers sa nouvelle famille en acceptant de ne plus décider pour lui ?
  • expliquer à ses enfants :Comment expliquer à ses enfants qu’on va porter en soi un enfant qui aura un statut différent d’eux. Comment répondre à leurs questionnements inévitables :
    • Ce ne sera pas leur frêre ou leur soeur, pourtant maman l’a porté pendant 9 mois, tout comme eux.
    • Ils n’ont certes pas les mêmes gènes (faut-ils qu’ils soient assez grands pour comprendre ce principe), mais est-ce vraiment les gènes qui font une famille ? Bien évidemment que non, l’adoption en est la preuve la plus flagrante.
    • Pourquoi mes parents ont décidé de nous garder nous et pas ce bébé là ? Est-ce qu’ils ne pourraient pas changer d’avis et nous donner nous aussi à d’autres parents ?
  • expliquer à cet enfant : si le lien a pu être conserver, comment expliquer à cet enfant que lui, on ne l’a pas gardé avec nous, qu’il était destiné à une autre famille, à d’autres parents qu’il rejette peut être dans ces phases critiques de l’adolescence ?
  • le regard des autres : la théorie voudrait qu’on fait les choses pour soi, sans se préoccuper des autres. Cependant, face à nos choix de vie, le jugement des autres est omniprésent. Je ne me sentirais pas le courage de devoir me justifier quand les gens me demanderaient si mon bébé va bien en me voyant revenir de la maternité. Devoir expliquer que ce bébé n’était pas le mien, qu’il a trouvé ses parents, et que non, ce n’est pas difficile de leur avoir fait ce don.
  • le travail : Les grossesses ralentissent la carrière des mères (dans le cas où elles ont une profession qui permet de parler de carrière). C’est un prix à payer pour avoir des enfants, mais quand c’est pour les enfants des autres ?
  • la santé : La plupart des grossesses se passent bien. Mais une grossesse comporte des risques, pour l’enfant comme pour la mère. Il y a déjà la fatigue que je devrais supporter au détriment de ma vie personnelle, de mes enfants. Et s’il m’arrivait quelque chose pendant cette grossesse, comment mes enfants pourraient comprendre que leur maman n’est plus là parce qu’elle a voulu mettre au monde un enfant qui n’aurait pas fait partie de la famille ?

Parce que je connais bien toutes les réponses que je donnerais à titre personnel à ses questions, je ne pourrais pas être une mère porteuse. Quand je relis ce que j’ai écrit, je me rends compte à quel point c’est terriblement égoïste. Mais je n’arrive pas à concevoir la possibilité de porter un enfant et d’en faire don à une famille en mal d’enfant. La seule raison envisageable pour moi d’être une mère porteuse serait de le faire pour un couple proche de moi, que je connaîtrais très bien, dont je connaîtrais les valeurs, et en gardant un contact avec cet enfant comme le ferait une marraine bienveillante.

Et vous, seriez-vous prêt à être mère porteuse, ou mari d’une mère porteuse ?

Images : Doug Anderson

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4 réflexions sur “Porte mon enfant ! Non merci, ce ne sera pas pour moi…

  1. Je me suis moi aussi posé la question car pour moi aussi mes grossesses se sont très bien déroulées.
    En plus j’ai bien moins de conflits intérieurs que toi dans la mesure ou je n’ai pas du tout ou l’impression de nouer de lien avec mes bébés in-utéro. Il s’agissait de « passagers » dont je prenais soin mais dans la mesure ou je n’obtenais aucune réponse de leur part pour moi il n’y avait pas de relation.
    Par ailleurs j’accorde une très grande importance aux gènes à tel point que je doute fort que j’aurais pu adopter et aimer un bébé n’ayant pas nos gènes.

    Du coups, il n’y a que les derniers points qui me soucient et donc je comprends que les mères porteuses se fasse payer afin de subvenir à leur besoin sans soucis et ou avoir du temps pour se reposer: bref vivre les grossesses dans de bonnes conditions.
    J’ai déjà du mal à admettre que les différents don (de sang ou autres) soient exclusivement gratuit en France quand on sait la pénibilité de certains ou les contraintes que cela implique.

  2. Je comprends tout à fait que tout le monde ne ressente pas la grossesse de la même façon, c’est bien pour ça qu’il existe des mères porteuses. Moi-même je n’ai pas l’impression d’avoir vécu mes trois grossesses de la même façon.
    Je crois que si j’avais attrapé la toxoplasmose en début de ma grossesse pour mon ainée comme je l’ai vécue pour mon petit dernier, je n’aurais pas pris du tout les mêmes décisions…
    Peut être que sans avoir eu d’enfants avant, j’aurais pu être mère porteuse, j’aurais été plus détachée…

  3. kawine dit :

    Je ne pense pas que je pourrai. Quand je vois à quel point je me suis vite attachée à Surprise lors de la grossesse, je ne crois pas que j’arriverai à voir l’enfant autrement que comme MON bébé. (possessive, moi? meuuu non. ^^)
    Et le laisser à d’autres, même si c’est prévu depuis le début, ça me crèverais le coeur. Et je ne serais pas très à l’aise de toucher de l’argent pour ça non plus…
    En tout cas, chapeau à celles qui arrivent à avoir le détachement nécessaire.

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